228 NOTES SUR L’ÉLOGE
devoir comme un ennui, loisivfté comme un droit, leur résidence na-turelle comme un exil, venaient promener leur inutilité parmi les écueils ,le luxe et la mollesse de la capitale , ou venaient ramper à la cour , et ytraîner de V a nih et ion sans talons, de l'intrigue sans affaires, et de l’impor-tance sans crédit. Lesprélats académiciens, présensà ce discours, furenttrès-éloignés de s’en plaindre ; ils sentaient avec raison que ce trait nepouvait les regarder, et qu’ils nedevaient pas même en supposer l’in-tention à leur confrère, dont la piété, d’ailleurs très-connue, se fût re-prochée le plus léger manque derespeet pour les chefs de l'Eglise ; maisquelques hommes pleins de zèle, et surtout de bonne foi, qui se trou-vaient dans l’auditoire, jetèrent les plus grands cris contre un hommequi avait l’audaceVie prêcher la résidence aux évêques-, ils firent surtoutgrand bruit à Versailles; et quand le pieux directeur y alla présenterson ouvrage, les hypocrites nombreux que ce séjour renferme luitournèrent le dos , comme à un philosophe ennemi de l’Église et deses pasteurs.
(6) Une circonstance singulière donna occasion è ces conférences.Quoique le roi Louis XV n’eût que neuf à dix ans quand Massillonpartit pour son diocèse, le cardinal Dubois, alors tout-puissant, etqui n’avait pas peu contribué à lui faire donner l’évêché de Clermont,avait fait espérer à cet éloquent prélat qu’il serait nommé précepteurdu dauphin, qui pourtant n’était pas encore né, ni près de naître.On n’aurait pu sans doute faire un meilleur choix , et qui eût été plusapprouvé par la voix publique. Massillon, pénétré des devoirs quedevait lui imposer ce respectable emploi, jaloux de les remplir et derépondre à l’idée qu’on avait de lui , tourna , dit-on, toutes ses étudesvers cet objet. Il négligea les sermons qu’il avait prêches avec tant desuccès à Paris, ne monta plus en chaire, même dans sa cathédrale,et se contenta de faire au peuple de son diocèse, presque sans prépa-ration , des exhortations familières et simples, qui n’étaient que pourles pauvres, et que toute la ville néanmoins venait entendre. Le car-dinal de La Rochefoucauld, son métropolitain , étant venu le visiterà Clermont, lui marqua sa surprise de ce qu’il privait son troupeaude ces discours éloquens qui lui avaient fait tant de réputation. Mas-sillon lui en avoua la cause, et se confessa comme le bergerde la fable,du petit grain d’ambition qu’il avait eu, et que le motif d’un grandbien à faire lui paraissait excuser; il ajouta que, détrompé au boutde quelques années de ses espérances, il avait voulu rentrer dans lacarrière oratoire ; mais qu’en perdant l’habitude de prêcher, il avaitpresque entièrement perdu la mémoire, et s’était mis hors d’état derapprendre tant de sermons qu’il avait oubliés. Le cardinal l’exhorta àrevoir du moitfs ces sermons, îi les mettre en état de paraître, ou deson vivant, ou après sa mort, et à composer en même temps, pourl’instruction de ses curés, de petits discours qui lui coûteraient peu àfaire et à retenir, ce qui ajouterait à sa renommée sans fatiguer samémoire. Massillon suivit ce conseil : depuis cette époque , il prêchatous les ans à ses synodes ces conférences si bien écrites et si pleinesde sentiment et d’onction , qui suffiraient pour l’immortaliser.