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Tome troisième.
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DE MASSILLON. a?<)

Autrefois, a dit un auteur satirique , il fallait ètr « évêque pour prê-cher ; depuis , et durant plusieurs siècles , il a fallu prêcher pour devenirévêque : aujourd'hui , il suffit de l’être devenu, pour cesser presque ab-solument de prêcher. L’exemple deMassillon, de Bossuet, deFIéchier, etmême de plusieurs prélats de nos jours , prouve que cette épigrammemérite au moins quelques restrictions.

11 est ordonné , dit-on, dans les statuts de l’église de Rouen, quel’évêque prêchera certains jours de l’année, par exemple, le premierdimanche de carême. Un archevêque de cette ville voulut, dans ledernier siècle, obliger son chapitre à biffer ce statut, comme étantdéjà aboli par l’usage. Le chapitre le refusa, voulant du moins, di-sàit-il, conserver aux prélats le charitable avis de remplir le devoirdont ils se dispensaient. Un ancien statut de l’ordre de Cîteaux ordon-nait aux abbés de prêcher tous les dimanches, excepté celui de laTrinité, attendu, dit prudemment le statut, la difficulté de la matière(propter materiæ difficultatem). Si ou avait égard à celte raison , il yaurait pour nos prédicateurs une pareille dispense dans la plupart denos fêtes solennelles.

On vient de voir tout ce que le cardinal Dubois avait fait pour Mas-sillon, et tout ce qu’il avait vonlu faire. Les ennemis de Massilloului ont reproché les complaisances qu’il eut pour ce ministre , en con-sentant à être un des évêques assistans de son sacre , r et en signantl’attestation de vie et de mœurs dont il eut besoin pour parvenir aucardinalat. La reconnaissance lui lit faire cette faute. Il devait sa for-tune à Dubois, qui avait du moins eu le mérite de récompenser sesrares talens, négligés par Louis XIV. La bonté naturelle de Massilloudégénérait quelquefois en une faiblesse qu’il se reprochait lui-même, et àlaquelle il cédait malgré lui. Il faut pardonner à sa faiblesse en faveur deses motifs, et se souvenir que le pape S. Grégoire , Père de l'Eglise, etqu’on a nommé le Grand, eut aussi le malheur de flatter la reineBrunehault et le tyran Phocas, meurtrier de l’empereur Maurice.

( 7 ) Les jésuites de Clermont dénoncèrent àMassillon, peut-êtrepour épier ses sentimens et pour lui tendre un piège , un oratoricnqu’ils accusaient de prêcher le jansénisme. Le prélat voulut donner àces délateurs si zélés et si clairvoyans, une preuve de son orthodoxie;il fit venir le prédicateur, et lui 'dit en présence de deux jésuites : Mortpere , on m’assure que vous prêchez une doctrine.... Oui , monseigneur,lui dit l’oratorien sans lui donner le temps d’achever , je prêche desvérités qui vous ont fait évêque. Massillon se tut, renvoya l’oratorieuprêcher, et les jésuites chercher d’autres victimes.

( 8 ) Le cardinal de Fleury pria Massillon de travailler à la conver-sion de l’évêque de Senez ( Soanen ), qui, pour son appel de la bulleUnigenitus, avait été déposé par une assemblée de dix à douze évêques,qu on a appelée le concile d’Embrun , et exilé ensuite à la Chaise-Dieuen Au ver g ne - Massillon écrivit à ce prélat, et en reçut une réponsesi décidée, si ferme , si repoussante, qu’il n’osa poursuivre sa négo-ciation. Celte réponse est imprimée dans la vie que les jansénistes ontécrite de l’évêque de Sciiez. Le prélut s’y plaint avec amertume de scs