23o NOTES SUR L’ÉLOGE
anciens confrères de l’Oratoire , qui étaient devenus évêques, et quil’avaient abandonné. Mais Massillon n’attachait pas la même impor-tance que lui aux opinions qui avaient causé les malheurs de ce respec-table vieillard. Ilcroyait qu’onpouvaitêtre bon chrétien et bon évêqueBans déclamer contre la bulle; que c’était peut-être faire trop d’hon-neur à cette production, moins pontificale, disait-il, que jésuitique ,de s’en occuper sérieusement, et que le moyen le plus sûr de la fairetomber dans l’oubli, était de garder à son égard un silence profond,respectueux en apparence, et dédaigneux en effet. Il le disait quel-quefois, mais sans éclat et sans bruit, à ceux de ses confrères qu’ilvoyait les plus zélés pour cette bulle, mais qui ne l’écoutaient guère ,qui l’imitaient encore moins, et qui n’en étaient pas plus sages.
Massillon , dans la lettre qu’il écrivit à l’évêque de Senez , parle, ilest vrai, avec assez de ménagement de la bulle Unigenitus, donton le priait d’être le défenseur. Mais il croyait en ce moment de-voir tenir un autre langage plus conforme à celui des évêques soumisà cette bulle.
Dépouillons-nous , lui dit-il, de toutes les complaisances inséparablesde la singularité ; regardons comme des pièges que nous tend l’orgueil,le désir, caché souvent à nous-mêmes, de nous donner en spectacle. Ilest terrible d’être seul de son coté, et d’avoir contre soi tout ce qui porteun nom d autorité dans l’Eglise. Il faut, pour être tranquille dans cetétat, penser, comme le Pharisien , qu’on n’est pas fait comme le restedes hommes.
Et dans une autre lettre au même prélat : Je crains , monseigneur ,qu’il ne me soit échappé quelque terme dans ma dernière lettre qui ait puvous déplaire. Dieu m’est témoin que loin d’ajouter une nouvelle douleurà vos chaînes , je souhaiterais pouvoir les partager avec vous pour vous ensoulager, sans partager néanmoins le motif qui vous les fait souffrir... Jene voudrais, pour me défier de la bonté de votre cause, que les écritsodieux que vos apologistes répandent tous les jours dans le public. Jeviens de lire un livre intitulé, Jésus-Christ sous l’anathème : l’auteur ydécide nettement, que, comme la synagogue prévariqua en condamnantJésus-Christ, l’Eglise a prévariqué en condamnant le père Quesnel;que les Pharisiens et les Saducéens sont encore parmi nous les maîtres dela doctrine ; c’est-à-dire , les jésuites désignés par les premiers qui n’ontqu’une écorce de religion, et les évêques marqués parles Saducéens, quin'en ont point du tout. Une bonne cause serait-elle défendue par de telsexcès? ne laissez pas séduire, mon très-respectable seigneur, votrezèle et votre bonne foi par les louanges de ceux qui vous applaudissent.S’ils voulaient s’en tenir précisément au dogme, nous serions bientôtrtaccord ; mais ils outrent tout, et c’est ce que la sagesse de l’Eglise nesouffrira jamais. J^es jésuites ont leurs opinions que l’Eglise tolère;mais croyez-vous que la plupart des évêques pensent et enseignent commeeux? Au lieu de vous unir à nous, pour nous aider à soutenir l’anciennedoctrine et la saine morale , vous nous affaiblissez en vous séparant denous, vous donnez de nouvelles armes au molinisme ; vous aidez sessectateurs à persuader au monde qu’on ne peut combattre leur doctrinesans tomber dans des excès opposés.