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Tome troisième.
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23a iSOTES SUR L’ÉLOGE

sidération qu’il s’était attirée par sa vertu , que le gouvernementaccordait les secours réclamés par ce prélat en faveur des malheu-reux; c’était aussi par le désir de le ménager , et par la crainte, assu-rément bien mal fondée, de lui donner des mécontentemens qui ledéterminassent à se faire janséniste. On ne voulait pas que ce partipût se glorifier d’un si illustre défenseur, et on appréhendait que lerespect de la plupart des évêques pour ce digne confrère , n’en entraî-nât plusieurs à suivre son exemple. Le cardinal de Fleury, par cemotif, ménageait beaucoup Massillon, que cependant il n’aimait pas.Massillon, de son côté, ménageait aussi le ministre, mais par un motifplus noble, et pour en obtenir les secours qu’il demandait en faveurdes pauvres. Il disait quelquefois, en plaisantant sur cette politiquetimide et réciproque du cardinal et de lui : Nous nous craignons mu-tuellement , et nous sommes ravis tous deux d'avoir rencontré un poltron .Il poussa cette poltronnerie , dont il convenait si naïvement, jusqu’àn’oser confier son séminaire aux oratoriens, ses anciens confrères,parce que le cardinal demanda la préférence pour d’autres. Massilloncrut avoir à se repentir de cette faiblesse : « J’ai, disait-il, ouvert la» porte à Vignorance , pour avoir la paix : j’aurais dû penser que» dans les prêtres comme dans les peuples , l’ignorance est bien plus» à craindre que les lumières. »

Ce même cardinal de Fleury, peu empressé de faire valoir le mé-rite, craignait l’éclat que Massillon aurait eu à Paris, s’il s’y étaitmontré. Le ministre éloignait avec soin toutes les occasions qui au-raient pu amener dans cette ville l’évêque de Clermont ; et cette nou-velle raison ne contribuait pas peu à faire obtenir à Massillon toutesles grâces qu’il demandait par scs lettres.

On doit regretter beaucoup que les éditeurs de scs œuvres n’aientpas publié des lettres si intéressantes, qui formeraient, dit-on, unvolume considérable, et qui, jusqu’à présent, sont restées manus-crites. Ceux entre les mains de qui elles sont tombées, ne devraientpas priver le public, l’Etat et l’Eglise, de ce monument précieux d’élo-quence et de charité.

Un prélat très-respectable, qui vit encore au moment où nous écri-vons cette note, et que son mérite seul a fait évêque, ainsi que Mas-sillon, assure que l’évêque de Clermont ne se contentait pas, dansses lettres au cardinal, de solliciter des secours pour les pauvres deson diocèse, mais qu’il osait même lui faire quelquefois des reproches.Ce prélat dit avoir lu une lettre très-éloquente et très-forte, quel’évêque écrivait au ministre sur l’injustice de la guerre de 1741, etmême un mandement qu’il avait préparé en conséquence, et envoyéau cardinal. Ce mandement n’a point été imprimé dans le recueil desœuvres de Massillon. Il y a apparence que le ministre engagea l’évêquoà le supprimer : c’est grand dommage. Il eût été curieux de voir dequelle manière le sage Massillon aurait concilié, dans cet écrit pasto-ral, son respect pour l’autorité monarchique, avec les sentimens quelui inspirait en ce moment l'administration, et son amour pour sonroi, avec son amour plus grand encore pour l’humanité et la justice,qui lui paraissaient, disait-il, également outragés dans cette guerre.