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DE MASSILLON.
C’est aux politiques vertueux et philosophes à décider s’il avait raison.Nous ne sommes ici qu’historiens, et nous ne prenons pas la libertéde juger les maîtres du monde sur leurs querelles et sur leurs traités.
Au défaut de ce précieux mandement, nous insérerons ici unelettre touchante de l’évêque de Clermont au cardinal de Fleury, pourobtenir la diminution des impôts sur la province d’Auvergne.
« Monseigneur, je supplie très-humblement votre éminence de ne» pas trouver mauvais que je sollicite une fois son cœur paternel pour» les pauvres peuples de cette province : je sens toute l’importunité» de pareilles remontrances; mais, monseigneur, si les misères dus troupeau ne viennent pas jusqu’à vous par la voix du pasteur, par» où pourraient-elles jamais y arriver? 11 y a long-temps que tous les» états et toutes les compagnies de cette province me sollicitent de» représenter à votre éminence leur triste situation. Ce ne sont point» des plaintes et des murmures de leur part, vous méritez trop de» régner sur tous les cœurs ; c’est uniquement leur confiance en votre» amour pour les peuples, qui emprunte ma voix. Ils vous regardent» tous comme leur père et l’ange tutélaire de l’Etat, et sont trop per-» suadés que si, après avoir été informé de leurs besoins , vous ne les» soulagez pas, c’est que le secours aurait peut-être des inconvéuiens» plus dangereux que le besoin même, et que le bien public, qui est» le grand objet du génie sage et universel qui nous gouverne, rend» certains maux particuliers inévitables.
» Il est d’abord de notoriété publique, monseigneur, que l’Au-» vergue, province sans commerce et presque sans débouché, est» pourtant, de toutes les provinces du royaume, la plus chargée, à» proportion, de subsides. Le conseil ne l’ignore pas, ils sont poussés» à plus de six millions, que le roi ne retirerait pas de toules les» terres d’Auvergne, s’il en était l’unique possesseur; aussi, inonsei-» gneur, les peuples de nos campagnes vivent dans une misère» affreuse, sans lit, sans meubles; la plupart même, la moitié de» l’année, manquent de pain d’orge ou d’avoine, qui fait leur uuique» nourriture, et qu’ils sont obligés de s’arracher de la bouche et dea celle de leurs enfans pour payer leurs impositions.
» J’ai la douleur d’avoir, chaque année, monseigneur, ce triste» spectacle devant les yeux dans mes visites. Non, monseigneur, c’est» un fait certain, que dans tout le reste de la France, il n’y a pas de» peuple plus pauvre et plus misérable que celui-ci ; il l’est au point» que les nègres de nos îles sont infiniment plus heureux ; car en tra-» vaillant, ils sont nourris et habillés, eux, leurs femmes et leursa enfans; au lieu que nos paysans, les plus laborieux du royaume,» ne peuvent, avec le travail le plus opiniâtre, avoir du pain pour» eux et pour leur famille, et payer leurs subsides; s’il s’est trouvé,» dans cette province, des intendans qui aient pu parler un autre* ^ an 8 a g e , ils ont sacrifié la vérité et leur conscience à une misérable» fortune.
» Mais, monseigneur, à cette indigence générale et ordinaire dea cette province, se sont jointes, ces trois dernières aimées, des grêles» et des stérilités qui ont achevé d’accabler les pauvres peuples.