234 NOTES SUR L’ÉLOGE
» L’hiver dernier surtout a été si affreux, que si nous avons échappé» à la famine, et à une mortalité générale, qui paraissait inévitable,» nous n’en avons été redevables qu’à un excès et à un empressement» de charité, que des personnes de tous les états ont fait paraître» pour prévenir tous les malheurs. Toutes les campagnes étaient» désertes, et nos villes pouvaient à peine suffire à contenir la mul-n titude innombrable de ces infortunés qui y venaient chercher du» pain; la bourgeoisie, la robe et le clergé, tout est venu à notre» secours ; vous-même, monseigneur , avez déterminé la bonté du» roi à nous avancer soixante mille livres. C’est uniquement à la» faveur de ce secours, que la moitié de nos terres, qui allaient toutesu rester en friche par la rareté et la cherté excessive des grains, ont» été ensemencées : le prix des grains a diminué de plus de moitié;» mais le pauvre peuple, qui, pour ensemencer ses terres, a été» obligé d’emprunter du roi et des particuliers, et d’acheter des» grains d’un prix alors exorbitant, va être obligé, par la vileté dua prix où ils sont maintenant, d’en vendre trois fois autant qu’il en» a reçu, pour rembourser les avances qu’on lui a faites; de sorte» qu’il va retomber dans le même gouffre de misère, si votre émi-» nence n’a pas la charité de faire accorder cette année quelque» remise considérable sur les impositions que le conseil va réglera incessamment. Au reste, monseigneur, je supplie instammenta votre éminence de ne pas regarder ce que je prends la liberté de luij) écrire, comme un excès de zèle épiscopal. Outre tout ce que je vous» dois déjà , je vous dois encore plus la vérité; ainsi, loin d’exagérer,» je vous proteste, monseigneur, que j’ai ménagé les expressions,33 afin de ne pas affliger votre cœur. Je ne doute pas que notre inten-33 dant, quoiqu’il craigne beaucoup de déplaire, n’en dise encore plus3> que moi; que votre éminence ait la bonté de s’en faire rendre3> comptp: je sens bien que dans une première place on ne peut ni3i tout écouter, ni remédier à tout ; cette maxime pouvait être admise3> sous les ministères précédens ; mais sous le vôtre tout est écouté;« les grandes affaires qui décident du sort de l’Europe, ne vous font3i pas perdre de vue les plus petits détails. Rien ne vous échappe de« cette immensité de soins, et rien presque ne paraît non-seulement» vous accabler, mais même vous occuper. C’est dans celte confiance« que j’ai hasardé cette lettre; avec un vrai père, on ose tout; et33 quand on lui parle pour ses enfans, on peut bien l’importuner,3) mais on est bien sûr qu’on n’a pas le malheur de lui déplaire. »
(io) C’était l’ingénieux La Motte qui disait ce que nous avonsrapporté, qu’un sermon excellent à tous égards serait celui dont le rai-sonneur Bourdaloue aurait fait le premier point, et le touchant Mas-sillon le second. Un critique plein de goût, et qui mérite qu’on luiréponde ( tant d’autres ne méritent pas même qu’on les lise), La Harpe,ne pense pas comme La Motte, et croit qu’un sermon de ce genreserait une étrange bigarrure. Oui, sans doute, si dans le premier pointBourdaloue était raisonneur avec froideur et sécheresse, comme il nel’est que trop souvent dans ses sermons; mais non pas s’il était rai