DE MASSILLON. i35
sonneur avec éloquence, comme il lui arrive aussi quelquefois del’être. Alors les deux genres pourraient s’allier ensemble, comme afait Cicéron dans ses belles harangues, où il est doux et insinuant dansson exorde, vif et pressant dans ses moyens, touchant et pathétiquedans la péroraison. C’est ainsi, et à cette seule condition que Bourda-loue et Massillon pourraient paraître l’un après l’autre dans le mêmediscours. Mais sans doute un discours plus parfait encore , commenonsl’avons dit, serait celui où les talens des deux orateurs seraient fondusensemble, et où le prédicateur saurait joindre la raison à la sensibilité ;car, quoi qu’en disent les âmes froides, il ne faut pas faire à la raisonet à la sensibilité l’injure de croire qu’elles ne puissent être réuniesl’une avec l’autre.
Il faut convenir que ce genre de discours, où l’on trouverait à lafois Bourdaloue et Massillon, ne serait pas fait pour toutes les espècesd’auditoires, et qu’au contraire un sermon où l’on ne verrait queMassillon tout seul, serait également goûté ù la cour et dans les vil-lages. Un curé de campagne disait de ses paroissiens : ils rn écoutenttoujours avec plaisir quand je leur prêche Massillon.
On peut observer à cette occasion que, dans tous les genres d’écrire,les écrivains qui vont au cœur sont venus après ceux dont la force faitle caractère ; Racine après Corneille, Massillon après Bourdaloue, Eu-ripide après Sophocle, Cicéron après Démoslhène. Serait-il donc plusaisé d’être énergique, que d’être sensible, et d’exagérer la nature quede s’y abandonner? Nous oserions peut-être dire qu’il est plus difficileà un écrivain d’être simple que d’être grand, si l’on pouvait êtregrand sans être simple.
(11) Dans l’éloge de ce respectable prélat, nous avons parlé de cetestament, et du legs qu’il fait aux pauvres. En voici deux autresarticles, dont l’un marque son amour pour la paix, et l’autre sa jus-tice à l’égard de sa famille, qu’il ne voulait pas priver de ce qui devaitlui revenir légitimement de sa succession.
« Je demande tous les jours à Jésus-Christ qu’il calme les troubles» qui agitent l’Eglise de France, et qu’il daigne y rétablir la paix que" nous avons tâché de conserver dans ce grand diocèse... »
Et plus bas : « Je déclare que je n’ai jamais rien retiré des biens de« ma famille depuis la mort de mon père; mais si j’ai conservé quelque» droit dans ces biens, soit pour ma légitime, soit pour mon litre» sacerdotal, je veux que le tout soit délaissé à ceux de mes pareils» qui devraient de droit y succéder »
1 Charlemagne, apprenant la mort d’un évêque, demanda combien il avaitlégué aux pauvres en mourant : on répondit, deux livres d’argent. Un jeuneclerc s’écria : C est un bien petit viatique pour un si long voyage. Leprince , très-content de cette réflexion , dit au clerc : Sapez son successeur,mats n’oubliez jamais ce mot. (Iiist. de Charlemagne, t. 3 . )