ÉLOGE DE HOUTTEVILLE
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La congrégation de l’Oratoire , où il entra fort jeune , et où ilresta près de dix-huit ans , le forma de bonne heure pour la re-ligion et pour les lettres. Au sortir de cette excellente école ,l’abbé Houtteville passa dans une autre qui n’y ressemblait guère.Il fut choisi pour secrétaire parle cardinal Dubois , ministre , alorstrès-accrédité , qui ne paraissait pas sepiquerbeaucoup du mérited’aimer les lettres, ni de l’honneur de rien faire pour elles. Ceministre passait d’ailleurs pour avoir, sur des objets très-graves,des principes assez peu conformes h ceux que l’abbé Houttevilleavait puisés dans la congrégation d’où il sortait; la médisanceou la calomnie accusait l’homme en place de n’être pas fort re-ligieux. Soit que ces imputations fussent peu fondées , car la ma-lignité publique se trompe quelquefois, même sur ceux qui gou-vernent , soit ^jue les sentimens du ministre n’influassent en riensur ceux du secrétaire, affermi dans sa manière de penser par lesréflexions, par l’étude et parle temps, l’abbé Houtteville conservadans son nouvel état l’amour pour les lettres et pour la religion ,dont il avait été rempli dès ses premières années. Il fit mieux en-core , il sut, parla douceur de son caractère, et par une conduitesage et mesurée , sans roideur et sans bassesse, se concilier l’es-time , la faveur et la confiance même de l’homme puissant quiavait eu le bonheur de se l’attacher.
Ce fut dans la maison de ce ministre , et presque sous ses yeux,qu’il composa, ou du moins acheva l’ouvrage qui a le plus con-tribué à sa réputation littéraire, et qui parut, en 1722 , sous cetitre intéressant : La religion chrétienne prouvée par les faits.Ce livre, tout dicté qu’il était par la persuasion et par le zèle,essuya néanmoins bien des critiques. On prétendit que l’auteurs’était trompé sur plusieurs points essentiels à la cause qu’il dé-fendait ; qu’il avait également erré dans sa logique et dans sesjugemens; et qu’enfin , ou par ignorance ou même à dessein( car on joignait la calomnie à la satire) , il avait fait les objec-tions plus fortes que les réponses ; les incrédules ajoutaient que ,pour rendre l’ouvrage excellent, il n’y avait qu’un mot à changerau titre : La religion chrétienne détruite par les faits. Ces re-
' Claude-François Houtteville, abbe' de Saint-Vinccnt-du-Bourg, ne hParis en 1688; reçu le 35 fe'vricr 1733, à la place de Guillaume Massieu; élusecrétaire perpétuel le 5 avril 1743 , il la place de Joan-Boptiste Dubos; mortle 8 novembre 17^3.