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Tome troisième.
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1ÎL0GE DE HOUTTEVILLE. 2 3 7

proches étaient d’autant plus injustes, que l’auteur avait étédans son ouvrage l’écho fidèle des Pères de l’Eglise , des docteursrévérés, et dessavans théologiens ses prédécesseurs et ses guides;il avait reçu de leurs mains les armes avec lesquelles il combat-tait à leur suite et sous leurs drapeaux ; à la vérité , il avait ex-posé dans toute leur force les objections des mécréans; mais ilaurait cru nuire à la bonne foi, et même aux véritables intérêtsdu christianisme, s’il eût employé une adresse pusillanime àdéguiser ou affaiblir ces objections. Dans la réfutation qu’il enavait faite , il rapportait fidèlement les réponses si connues , quedepuis dix-sept cents ans on a opposées à ces vaines attaques , etbien loin de diminuer la force de ces réponses , il l’augmentaitautant qu’il était en lui, par la netteté avec laquelle il s’attachaità les développer (i).

Peut-être n’est-il pas aussi aisé de le disculper entièrement surla censure qu’on fit de son style. On y trouva plusieurs expres-sions impropres ou recherchées ; ces expressions furent relevéesavec l’afl'ectalion la plus maligne dans le Dictionnaire néologiquede l’abbé Desfontaines, ouvrage où l’auteur, en voulant se mon-trer le fléau du mauvais goût, n’a pas toujours montré lui-mêmetout le goût qu’on pouvait exiger d’un aristarque si rigoureux ;témoin l’éloge de Pantalon Phébus , qui termine ce dictionnaire,et qui est d’un ton assorti à la noblesse du titre ( 2 ). Si la manièred’écrire de l’abbé Iioutteville pouvait être blâmable à certains,égards, son intention était au moins bien excusable ; il avaitprincipalement pour but d’instruire les gens du monde sur unereligion que la plupart ignorent, et surtout qu’ils pratiquent simal : il fallait donc se faire lire par eux , et pour s’en faire lire ,il fallait, selon lui, parler leur langage , qui n’est pas , à beau-coup près , celui qu’un bon écrivain doit se proposer pour mo-dèle. L’abbé Iioutteville avait par malheur devant les yeux unpernicieux objet d’émulation , l’incroyable succès de YHistoiredu peuple de Dieu, par le P. Berruyer , que toutes les dévotesde la cour lisaient avec délices ; elles préféraient à la Bible cetteespèce de roman, moitié pieux, moitié profane , où l’on faisaitparler les patriarches et les prophètes du ton des héros de Cjruset de Cldlie, et qui, jugé scandaleux par les véritables gens debien, était trouvé ridicule par les véritables gens de goût (3).L’auteur de la Religion prouvée par les faits se flatta d’obtenirles mêmes suffrages que l’historien du peuple de Dieu , sans en-courir les mêmes anathèmes. Son zèle était digne d’éloges; maisil aurait dû sentir que chaque genre a son coloris ; que plus lesujet est grand, plus le style doit avoir celte simplicité noble ,sanslaquelle on n’est plus que gigantesque ou puéril, et qu’il ne faut