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pas employer dans une matière grave, sous quelque prétexte quece puisse être, des expressions prises du jargon des ruelles, ouinventées par le mauvais goût et la frivolité.
Quoi qu’il en soit, l’abbé Iloutteville essaya de répondre auxprincipaux reproches qu’on faisait à son livre : mais il fit encoremieux que de le défendre ; il corrigea tout ce qui lui paraissaitréellement répréhensible , et qu’une critique plus amère qu’é-clairée n’avait pas toujours aperçu. Ces corrections judicieusesproduisirent une seconde édition de l’ouvrage , fort supérieureà la première. Cependant cette seconde édition, quoique très-bien reçue dans le temps où elle fut publiée , est assez peu lueaujourd’hui, parce qu’elle a été étouffée par le grand nombred’ouvrages qui ont paru depuis en faveur de la religion , et quise multiplient tous les jours. Il est surprenant que tout ne soitpas dit, ou même ne paraisse pas dit sur cette matière , qui toutimportante qu’elle est, doit être épuisée depuis long-temps,puisqu’il n’est plus guère possible de découvrir de nouveaux faits,ni de trouver de nouvelles preuves de l’authenticité de ceux quisont connus. La divinité du culte que nous professons peut-elledonc avoir besoin de nouvelles preuves, comme si les anciennesn’étaient pas victorieuses , et par conséquent plus que suffisantes?et les sophismes de l’incrédulité , à qui l’on reproche si souvent,et avec raison, de n’avoir plus rien à dire de nouveau, ne sont-ils donc pas terrassés depuis long-temps ? Nous osons dire, etcertainement les mânes de l’abbé Iloutteville ne nous désavoue-raient pas, que si les gouvernemens avaient enfin le bonheurdont les gens de bien désespèrent, d’arrêter le torrent des ou-vrages impies, ils feraient peut-être sagement d’interdire enmême temps tout écrit sur la religion, même sous prétextede la défendre ; car ne serait-ce pas la rendre gratuitement sus-pecte à de certains esprits, que d’en faire l’apologie quand ellene serait plus attaquée (4) ?
Un autre sujet d’étonnement et presque de scandale, dontl’abbé Iloutteville s’affligeait, c’est la liberté avec laquelle plu-sieurs apologistes modernes de la religion s’expliquent sur le peude succès de leurs prédécesseurs, en avouant ou en prétendantque ces prédécesseurs ont eu plus de zèle que de lumières, etont soutenu faiblement, quoique de toutes leurs forces, l’arche' sainte confiée à leurs mains. Ces apôtres de notre siècle font àpeu près comme tant d’auteurs de nouveaux élcmens de géo-métrie , qui nous assurent, dans leurs préfaces , que tous les éle—mens publiés jusqu’à eux n’ont rien valu. Nos Tertullien et nosOrigène modernes, Souvent si peu dignes de leurs devanciers,craignent surtout de passer pour en être les échos ; et l’intérêt de