Band 
Tome troisième.
Seite
239
JPEG-Download
 

DE HOUTTEYILLE. ?.3o

1 a foi qu’ils défendent n’a tout au plus cliea eux que le secondrang, après l’intérêt plus cher de leur amour-propre.

Mais un scandale bien plus grand encore , bien plus fâcheux ,et dont l’abbé Houtteville gémissait aussi bien davantage, c’estde voir les apologistes de l’Evangile divisés entre eux avec unacharnement funeste, et l’Église catholique déchirée par deuxfactions violentes, qui s’accusent réciproquement d’ignorçr etd’anéantir la religion , et qui ont l’une pour l’autre encore plusde haine qu’elles n’en ont pour les incrédules (5). Cette division,qui donne à l’impiété un funeste avantage , est peut-être laprincipale cause du débordement fatal d’ouvrages irréligieuxdont l’Europe est inondée depuis vingt ans ; ouvrages qui ont pro-duit sans doute d’excellentes réfutations , mais dont l’effet eûtété plus heureux , sans cette guerre et cette haine qui nuisenttant à la cause commune. Fontenelle disait que pour juger desmaladies auxquelles une nation est sujette, il suffisait de lire lesaffiches ; et nous y voyons aujourd’hui sans cesse , NouveauTraité de la vérité de la religion contre les athées, les déistes,les spinosistes, les matérialistes, les encyclopédistes (6), etc.Par malheur , à mesure que la maladie est devenue plus fré-quente , les charlatans qui ont voulu la guérir au préjudice desvrais médecins, se sont étrangement multipliés; on a appliquéde faux remèdes , on a voulu même faire regarder comme pes-tiférés des hommes qui n’étaient point malades y on a appelé en-nemis de la religion plusieurs écrivains illustres qui ne l’atta-quaient pas, qui même ne pensaient point à la combattre, etqui regardaient le silence sur cet objet respectable, non-seulementcomme le plus petit sacrifice qu’ils puissent faire à la raison etaux lois, mais comme un devoir de bienséance qu’ils aimaient àremplir. Il faut avouer, dit très-sensément un auteur célèbre,qu on a rendu un service bien important et bien adroit au chris-tianisme , en imprimant jusqu’à l’indécence , et en répétant jus-qu’au dégoût, qu’il est outragé d’un bout de l’Europe à l’autrepar tous les hommes qui passent pour éclairés. L’abbé llouttevillen a eu garde de tomber dans ces écarts ; il n’a combattu que lesvéritables adversaires de la religion, sans lui en chercher d’ima-ginaires , dont le nom seul eût été une objection imposante pourcette multitude qui ne se rend qu’aux autorités, et qui ne metpas plus de logique dans son impiété que dans sa croyance. Ilpensait qu’au lieu de se déchaîner avec tant de fureur contre desphilosophes paisibles, et de frapper à tort et à travers dans lesténèbres, il faudrait que les vrais chrétiens fussent bien con-vaincus, d’après la parole de Dieu même, que les portes de1 enfer ne sauraient prévaloir contre l’Eglise ; ajoutons que peut-