DE HOUTTEVILLE. ^i
lion, tiré avec violence en sens contraire, d’un côté, par lesantagonistes, de l’autre, par les défenseurs purement philo-sophes de la Providence ; il ressemble à un malheureux qui,privé du jour dans un cachot impénétrable aux rayons du soleil,ou n’y recevant de lumière, suivant l’expression d’un grandpoète, que ce qu’il en faut pour voir l’obscurité, serait assaillipar deux autres prisonniers, ses compagnons d’infortune, dontl’un lui crierait : Avouezquevous jouissez d’une lumière parfaite ;et l’autre, je vous avertis que le cachot que vous habitez est vide ,et que sans craindre de vous heurter et de vous .blesser , vouspouvez hardiment et librement faire usage de vos membres....Mes amis, leurdirait le prisonnier, je ne vois goutte nivous nonplus; il j a seulement cette différence entre nous, que j’appellela lumière à mon secours, et que vous vous flattez d’en jouir;dites-moi lequel des deux est le plus sage? Taisez-vous donc etlaissez-moi demeurer en repos, comme je vous conseille d’ydemeurer à mon exemple. Excellent conseil , mais qui ne serasuivi de long-temps par la foule des prisonniers , dont les unscrieront toujours: Quelle clarté m'éblouit ! et les autres : Rientiexiste autour de moi, car je ne vois rien.
L’abbé Houtteville , que le grand nombre de ses censeurs n’a-vait pas empêché d’avoir des amis et même des partisans éclairés,ayant été porté à l’Académie par le succès de son premier ou-vrage sur la religion , s’y concilia tellement l’estime et l’amitiéde ses confrères , qu’à la mort de l’abbé Dubos , secrétaire de lacompagnie, il fut choisi pour lui succéder. Plusieurs académi-ciens pouvaient être propres à cette place par des talens supé-rieurs aux siens ; mais personne n’en était plus digne par sonattachement pour la compagnie, et par l’assiduité que cetteplace exige ; qualités plus indispensables encore au secrétaire del’Académie Française , qu’une plume éloquente et exercée : qua-lités dont la seconde surtout, l’assiduité constante et rigoureuse,paraît à la plupart des académiciens trop assujétissante et tropimportune ; qualités enfin, dont celui qui écrit cette histoire estd’autant plus intéressé à relever le prix, que ce sont à peu prèsles seules qu’il ait apportées dans cette même place.
Notre académicien, quoique peu avancé en âge , jouit à peinede l’honneur que la compagnie lui avait fait ; il mourut au boutde quelques mois , plus regretté de ses confrères que du public ,mais laissant à la religion des monumens de son zèle, et auxgens de lettres l’exemple d’une honnêteté de mœurs et d’une sa-gesse de conduite plus faites pour leur assurer une vie heureuse,que des talens brillans et enviés.
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