NOTES SUR D’ÉLOGE
NOTES.
(0 tin des raisonnemens que les incrédules, et ceux même qui nel’étaient pas, attaquèrent le plus dans le livre de l’abbé lloutteville, c’estl’argument qu’il a emprunté de Pascal en faveur des miracles : S’il y aeu des miracles faux, il y en a eu de vrais, parce que le faux n’eslque l’exclusion du vrai. 11 faut avouer que ce raisonnement doit êtremis à côté de celui de Descartes sur l’existence de Dieu : L’existenceest renfermée dans l'idée d’un être infiniment parfait ; donc un elreinfiniment parfait existe. Joignons à ce sophisme d'un génie tel quePascal, le commentaire de Newton sur l’Apocalypse, et plaignons lanature humaine.
Dans une matière si importante, et où les raisonnemens sans répliquedoivent être les seules armes des vrais croyans , ils ne devraient jamaiss'en permettre d’autres. Pourquoi, par exemple, répéter si souventcontre les incrédules cette objection triviale, que c’est le libertinage ducœur qui les mène à la licence de penser? On ne nie pas que ce motifne fasse bien des mécréans ; mais il ne faut employer, en faveur de lavraie religion, ni un argument qui ne soit pas toujours vrai, ni un ar-gument que les fausses religions pourraient employer comme elle. Oron ne peut nier que plusieurs mécréans n’aient eu des mœurs très-pureset une conduite irréprochable. Zénon l’athée enseignait et pratiquaitla inorale la plus sévère. Spinosa, Bayle, ont été des modèles de désin-téressement et de simplicité ; leur fortune était faite s’ils avaient voulucire dévots, on peut-être seulement hypocrites : enfin il n’y'a point defaquir, s’enfonçant des clous dans le derrière, qui ne puisse faire, enlaveur de sa religion, le même raisonnement.
(a) Ce même ahbé Desfontaines, censeur si amer et si acharné dustyle de l’abbé lloutteville, avait préludé à celte censure par une cri-tique plus sérieuse, qui attaquait le fond de l’ouvrage même. Il publiades lettres sur la religion prouvée par les faits, où , en reprochant àfauteur de faire aux objections des incrédules de mauvaises réponses,d en substitue d’autres qui ne valent pas mieux : maladresse apparente,qu’on soupçonnait violemment d’être une malice de sa part ; car il s’enfallait beaucoup que ce prêtre ex-jésuite fût réellement apôtre aussi zéléqu'il voulait le paraître. Comme il ne mit point son nom à son ouvrage ,il en fit, dit-on, lui-même l’éloge dans Je journal des Savans, auquelil travaillait alors, et dans quelques brochures qu’il donnait aussi sousd’autres noms que le sien.
J.’abbé lloutteville eut un autre adversaire encore moins redoutable,l’érudit et pesant I’ounnont l’aîné, qui tout hérissé d’hébreu, d’arabe etde syriaque, combattit bien plus vivement pour la religion juive quepour la religion chrétienne, et fit valoir de son mieux toutes les raisons-