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Tome troisième.
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DE IIOUTTEVILLE. 243

des rabbins. Il attaqua aussi le style de l'auteur, en lui disant agréable-ment , qu'un homme qui avait si sûrement bravé les déistes pouvaitbien aussi braver la langue française. C’est ce même Fourmont l’aînéqui, entre autres productions singulières, a donné au public un cata-logue de ses ouvrages , qu’il croyait avoir faits, parce qu’il les avaitprojetés. On peut juger par le style de cet étrange catalogue, si l’auteuravait le droit de censurer le style des autres.

Tout semblait contribuer au malheureux succès du religieux ouvragede l'abbé Houtteville. La dédicace même fut un sujet de plaisanterieassez fâcheux pour l’auteur. Elle était adressée à un prélat dont lesmœurs peu édifiantes étaient connues ; les dévots , et ceux qui ne l’étaientpas, avaient peine h se persuader qu’un chrétien de bonne foi eut puchoisir sérieusement un pareil Mécène ; et les dévotes surtout accueil-lirent fort mal un ouvrage qui paraissait sous de tels auspices.

( 3 ) Le P. Berruyer disait avec une naïveté dont il ne sentait pas sansdoute l’indécence, « qu’ïZ avait fait son Histoire du peuple de Dieu,» parce qu’il n’était pas possible (selon lui), sans une grâce farti-» culière , de supporter la lecture de la Bible en original ; c’est pour» cela, ajoutait bonnement le jésuite, que tant de conciles ont défendun les traductions de l’Écriture en langue vulgaipe , parce que ces» traductions ne peuvent que scandaliser les faibles, et fournir ma-lt tière aux dérisions des impies ■ »

Les âmes pieuses et en même temps éclairées ne conviendront certai-nement pas de cette assertion ; mais fût-elle aussi vraie qu’elle est pourle moins douteuse , il ne fallait pas prévenir le prétendu scandale parun autre beaucoup plus réel, en substituant un jargon romanesque à lasimplicité de la Bible.

( 4 ) On a souvent cité l’ordonnance singulière des magistrats d’uneville suisse, qui défendait de parler de Dieu ni en bien ni en mal. L’expres-sion était grossière , mais l’intention des législateurs était peut-être fortsage dans les circonstances où l’ordonnance fut rendue. Toute la villeétait troublée par les querelles du calvinisme naissant. Les magistrats s’as-semblèrent pour examiner quelle croyance il fallait suivre à l’avenir ;le peuple était à la porte de la salle, attendant patiemment la décision.Après qu’on eut mûrement délibéré, le président de l’assemblée sortiten disant : Il est arrêté qu’on n’ira plus à la messe ; chacun dit amen ,et retourna paisiblement chez soi : et ces hommes qui jusqu’alors avaientété à la messe tous les jours, cessèrent tout d’un coup d’y aller, sansreprésentations et sans murmures. Un peuple si simple méritait bienque ses magistrats , qui voulaient le mettre à l’abri des querelles de reli-gion, ne prissent guère de précautions avec lui dans le style de leursordonnances.

De très-grands philosophes n’ont pas pensé sur ce sujet comme lesmagistrats suisses. Il vaut mieux, disait le V. Malebranche , que leshommes parlent mal de Dieu que s’ils n’en parlaient point du tout. Sa