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Tome troisième.
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244 NOTES SUR L’ÉLOGE

raison était que le silence sur ces matières produit d’abord l'indifférence,et bientdt l’irréligion. Cette conséquence n’est pas démontrée ; on nevoit pas comment la religion se conservera mieux chez un peuple quiparlera de Dieu à tort et à travers, que chez un peuple qui n’en par-lera pas. Bien loin que le silence sur la religion soit un moyen de ladétruire, c’est peut-être un des moyens les plus surs de la conserver.

Si peu de personnes savent en parler dignement, qu’il vaut mieux 'laisser ce soin à ceux qui, par état et par devoir, sont obligés de s’encharger. Le droit qu’ont ceux-ci d’enseigner, ne peut leur être ni en-levé* ni contesté. Tout ce que l’on a dit plus haut ne concerne que lesgens sans mission et sans caractère , et ne s’applique qu’aux conversa-tions légères de la société ; on peut dire que si Dieu a livré le monde àleurs disputes, il n’y a pas livré de même la religion et les choses saintes.Cependant l’opinion du P. Malebranche peut mériter considération ; onparle volontiers de ce qu’on aime, et le silence peut en effet ou annoncerl’indifférence ou la produire.

(5) Un philosophie célèbre, qui avait le malheur d’être incrédule , aplusieurs fois raconté que le P. Tournemine,, jésuite, grand convertis-seur, avait souvent fait des efforts pour le ramener dans la bonne voie.Un peu fatigué disses remontrances, le philosophe lui dit un jour avecune naïveté apparente : Tout ce que vous me dites me paraît mériterde sérieuses réflexions ; je connais un père de V Oratoire fort habileavec qui je veux en conférer . Vous irez voir un père de l’Ora-

toire ? répondit le jésuite ; pbur le coup je désespère de votre conver-sion; vous ferez mieux de rester comme vous êtes. Cette anecdoteassez connue a peut-être occasioné la réflexion d’un auteur moderne,sur l’embarras où se trouverait un janséniste et un moliniste, chargés deconvertir un incrédule à frais communs.

« Je suppose, dit cet auteur, qu’un de ces hommes qui, de nos jours,ont eu le malheur d’attaquer la religion dans leurs écrits , et contre les-quels les jésuites et leurs adversaires se sont également élevés, s’adresseen même temps aux deux plus intrépides théologiens de chaque parti,et leur tienne ce discours : Vous avez raison, messieurs, de crier auscandale contre moi, et mon intention est de le réparer. Diclez-moidonc de concert une profession de foi propre à cet objet, et qui meréconcilie d’abord avec Dieu, ensuite avec chacun de vous. Dès lepremier article du symbole, Je crois en Dieu, le père tout-puissant,il mettrait infailliblement aux prises scs deux catéchistes, en leur deman-dant si Dieu est également tout-puissant sur les cœurs et sur les corps ?Sans doute, assurerait le janséniste : Non, pas tout-à-fait, dirait lejésuite entre ses dents. Vous êtes un blasphémateur, s’écrierait le pre-mier ; et vous , répliquerait le second, un destructeur de la liberté etdu mérite des bonnes œuvres. S’adressant ensuite l’un et l’autre à leurprosélyte : Ah! monsieur, lui diraient-ils, l’incrédulité vaut encore mieuxque l’abominable théologie de mon adversaire ; gardez-vous de confiervotre âme A de si mauvaises mains. Si un aveugle, dit l’Evangile, en