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Tome troisième.
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DE IIOUTTEVILLE. ^5

cotuluit un autre, ils tomberont tous deux dans la fosse. Il faut con-venu- que l’aveugle iilbré3ule doit se trouver un peu embarrassé entredeux hommes qui s’offrent chacun de lui servir de guide, et qui s’ac-cusent réciproquement d’être plus aveugles que lui. Messieurs, leurdirait-il sans doute, je vous remercie l’un et l’autre de vos offres cha-ritables ; Dieu m’a donné, pour me conduire dans les ténèbres , unbâton , qui est la raison, et qui doit, dites-vous , me mener à la Joi ;hé bien, je ferai usage de ce bâton salutaire, j’irai droit où il me con-duira, et j’espère en tirer plus d’utilité que de vous deux. En effet,la raison ne tarderait pas à remplir une de ses plus nobles fonctions,celle d’apercevoir elle-même ses bornes, et d’avouer le besoin quelle asouvent du secours de l’autorité ; elle admettrait nos mystères les plussublimes, ^ion comme des objets dont elle était l’arbitre, mais commedes objets de foi décidés par une autorité divine. Quant à ces hommes ,tout à la fois si zélés contre l’impiété, mais bien plus acharnés encoreles uns contre les autres, on pourrait leur appliquer ce que S. Jérômedisait de Lactance : Plût à Dieu qu’il eût aussi bien défendu notre reli-gion, qu’il a attaqué nos ennemis ! »

( 6 ) Quand nous mettons ici les encyclopédistes au nombre des enne-mis de la religion, c’est pour parler un moment le sot langage de lamultitude, et nullement pour l'approuver. Nous avons justifié ailleursl’Encyclopédie des imputations qu’on lui a faites à ce sujet. Nous dironsen particulier de l'article âme, un de ceux contre lesquels on s’est leplus déchaîné , que si on a un reproche à faire à cet article, ce n’est pasde favoriser les incrédules, mais de n’être, comme l’a dit un hommed’esprit, que platement orthodoxe dans une matière où le zèle seuldevait rendre l’auteur éloquent. Combien de prétendus hérétiques ontplus d’une fois embarrassé leurs adversaires en leur demandant quelleétait l’erreur dont ils les accusaient? Les encyclopédistes pourraient demême embarrasser les leurs , en les priant d’articuler les. opinions dan-gereuses qu’on leur impute, et de montrer en quel endroit de l’Ency-clopédie elles se trouvent. Mais rien n’est plus commode qu’un nom desecte, donné à tort et à travers, pour perdre ceux à qui l’on veut nuire.C’était autrefois du nom de janséniste que la méchanceté gratifiait lesobjets de sa haine , ce sobriquet a vieilli ; celui d 'encyclopédiste y a suc-cédé , et ne tardera pas à vieillir de meme ; il faudra que la calomnie etl’envie en cherchent bientôt un autre. Dans le temps même de l’igno-rance la plus barbare , la perversité humaine a su mettre en usage avecsuccès ce moyen de persécution. On nous a conservé de vieux vers surles Yaudois ou Albigeois, écrits en français gothique du douzième siècle,et dont le sens est : Qui ne veut ni médite, ni juter, ni mentir, ni tuer,ni prendre le bien d’autrui, ni être adultère, ni se venger de son en-nemi , on dit qu’il est Vaudois, et on le fait mourir.

( 7 ) Pascal était avec raison si persuadé de la nécessité de la révélationpour nous éclairer pleinement sur les vérités les plus importantes de la