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Tome troisième.
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DE HOUTTEVILLE. :%

» ■ Qui blâmera les chrétiens de ne pouvoir rendre raison de leurcréance , eux qui professent une religion dont ils ne peuvent rendre rai-son? Ils déclarent au contraire, en l’exposant aux Gentils, que c’est unefolie : Stultitiam, etc. Et puis vous vous plaignez de ce qu ils ne laprouvent pas? S’ils la prouvaient, ils ne tiendraient pas parole. C’est enmanquant de preuves , qu’ils ne manquent pas de sens. Oui, mais en-core que cela excuse ceux qui l’offrent telle qu’elle est, et que cela lesaffranchisse du blâme de la produire sans raison, cela n’excuse pas ceuxqui, sur l’exposition qu’ils en font, refusent de la croire. »

N. B. Pascal aurait sans doute développé cette pensée , qui présentequelque chose de très-paradoxe. On serait tenté d’y appliquer ce pas-sage si connu, échappé à un docteur : Hoc dictuin est, non ut aliquiddiceretur, sed ne tacerttur ( On a dit cela, non pour dire quelquechose, mais pour ne pas se taire ).

On sera peu étonné de ces assertions de Pascal, si l’on Veut chercherpar quelle suite de raisonnemens il peut y avoir été conduit. Ce génierare, ayant reçu de la nature un corps faible, et d’ailleurs épuisé parl’austérité de sa vie, joignait à une âme timorée une tête géométrique etprofonde ; il avait sans doute pesé dans la balance de la raison, mais dela raison privée du flambeau de la foi, d’un côté , les preuves de l’exis-tence de Dieu , de l’autre les objections des athées ; il avait vu que si lesmerveilles de la nature décèlent une intelligence souveraine dont ellessont l’ouvrage , il est en même temps difficile de concevoir comment cetteintelligence peut avoir donné l'ctre à ce qui n’existait pas; comment,étant distinguée de la matière , et n’ayant avec elle aucune analogie , ellepeut en mouvoir et en disposer les différentes parties par lé seul acte desa volonté ; et surtout comment l’Etre infiniment bon et infiniment sage,qui a produit cet univers , y laisse subsister tant de malheurs et tant decrimes. Pascal avait vu que la révélation seule pouvait dissiper sansréplique ces objections, et qu’il était surtout impossible de concilier avecl’existence de Dieu l’existence du mal physique et moral, sans avoirrecours au dogme indispensable du péché originel. Voilà sans doute cequi lui faisait dire qu’i/ ne se sentait pas assez fort par les seulesarmes de la raison, pour convaincre des athées endurcis. Et c’estaussi ce qui faisait dire au P. Malebranche, lorsqu’on lui soutenait que lesbêtes n’étaientpas de pures machines privées de sentimens ; Vous verrez,à tout ce que souff rent les chevaux de poste , qu’ils ont mangé du foindéfendu.

Après avoir rapporté tous ces passages , dont nos lecteurs jugerontsuivant leurs lumières, nous ne pouvons nous refuser ù une observationbien naturelle. Le jésuite llardouin a , comme l’on sait, accusé Pascald’athéisme. N’ayant point de temps A perdre dans des lectures fasti-dieuses , nous ignorons sur quelles raisons ce jésuite a fondé une impu-tation si grave ; mais il est certain qu’il pouvait en trouver d’assez spé-cieuses pour la calomnie dans lés morceaux qu’on vient de lire. Il cal

‘ Mém, de Littérature, t. 5- p. 3io,