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Tome troisième.
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DE SAINT-PIERRE. ^

Plus l’abbé de Saint-Pierre avait en horreur l’adulation pro-diguée à la méchanceté puissante, plus il lui paraissait juste,nécessaire même, de louer les princes humains et'bienfaisans ,surtout ceux qui, jeunes encore, ayant toute l’ingénuité d’unevertu neuve et sans faste , aussi ennemis des flatteurs que touchésde l’amour de leur peuple, peuvent être encouragés par les ex-pressions de cet amour à en mériter de nouvelles. Mais, disaitl’abbé de Saint-Pierre, quelque plaisir que je puisse éprouveren voyant louer les bons princes, et dans les livres qui me sonttoujours un peu suspects, et dans leur cour qui me l’est encoreplus, je ne suis content de leur éloge, quapres les avoir entendulouer dans les villages.

Celui de tous ses ouvrages qu’il affectionnait le plus , était sonProjet de paix perpétuelle entre tous les monarques , et d’uneespèce de sénat de l’Europe destiné à conserver cette paix , sénatqu’il appelait diète européenne. Il envoya ce projet de paix et dediète au cardinal de Fleury , avec cinq articles préliminaires; etle cardinal lui répondit : Vous avez oublié un article essentiel,c'est d’envoyer une troupe de missionnaires pour disposer à cettepaix et à cette diète le cœur des princes contractons. Un mar-chand hollandais répondit peut-être encore mieux à l’abbé deSaint-Pierre ,• en prenant pour enseigne un cimetière avec cesmots , à la paix perpétuelle. Cependant un écrivain connu parson éloquence, a essayé il y a quelques années de faire revivrece projet, en l’ornant de tout l’éclat de son style. Mais l’ouvragen’a guère produit plus d’effet sous cette éblouissante parure , qu’iln’en avait eu sous la livrée modeste du premier auteur. Rienn’est beau que le vrai ; et le malheur de ces projets métaphy-siques pour le bien des peuples , c’est de supposer tous les princeséquitables et modérés , c’est-à-dire, de supposer à des hommestout-puissans , pleins du sentiment de leur force , souvent peuéclairés , et toujours assiégés par l’adulation et par le mensonge,des dispositions que la contrainte des lois et la crainte de la cen-sure inspirent même si rarement aux simples particuliers. Qui-conque en formant des entreprises pour le bonheur de l’humanité,ne fait pas entrer dans ses calculs les passions et les vices deshommes,.n’a imaginé qu’une très-louable chimère. C’est pourcela qu’un ministre de beaucoup d’esprit appelait les projets de1 abbé de Saint-Pierre , les rêves d’un homme de bien : plut àDieu néanmoins que ceux qui gouvernent rêvassent quelquefoisde la sorte ! Un de ces rêves, par exemple, qui mériterait biende n’en être pas un, c’est le désintéressement qu’il prêche par-

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