a 58 ÉLOGE
tout aux hommes en place. Regrettons qu’il n’ait pas vu , commenous le voyons en ce moment 1 , son rêve se réaliser, et lesfinances confiées à un philosophe vertueux , d’une probité inac-cessible à toutes les séductions de la fortune, et que l’élévationn’a pu ni enivrer , ni corrompre.
On a demandé pourquoi un écrivain à qui les projets coûtaientsi peu, et qui pour détruire à perpétuité la guerre entre les na-tions, avait imaginé cette di'ete européenne , que nous ne verronsjamais, n’avait pas imaginé de même, pour faire cesser la guerreentre les auteurs, une di'ete littéraire , qui ne se tiendrait pasdavantage (8). Aurait-il cru un consistoire de beaux-esprits plusdifficile à concilier qu’une assemblée de rois, et la vanité hu-maine plus chatouilleuse pour un peu de fumée, que la puis-sance suprême pour de grands iutérêts?
Toujours de bonne foi , mais quelquefois peu mesuré dans sesprojets et dans ses vues, il écrivit contre le célibat des prêtres ;et quelque éloignés que nous soyons d’approuver ses assertionssur ce sujet, nous devons à sa mémoire de faire connaître aumoins combien ses intentions étaient pures (g). Il craignait quecette loi, dont il respectait d’ailleurs les motifs , n’eût obligéplusieurs de ceux qu’elle enchaînait, et- qui apres tout, disait-il,étaient des hommes, de suppléer par un commerce illicite à laprivation forcée d’une union légitime. 11 plaignait surtout lescurés de la campagne , la plupart sans société et sans délassementdans leurs travaux, d’être frustrés de cette consolation. Nousn’examinerons pas jusqu’à quel point il a porté sur cet articledélicat la sévérité de ses mœurs; il assurait au moins qu’il avaittoujours respecté le nœud conjugal. J'ai observé, disait-il, très-exactement tous les préceptes du Décalogue, surtout le dernier jje n’ai, jamais pris ni le bœuf, ni l’dne, ni la femme, ni la ser-vante meme de mon prochain.
Si son état ne lui permettait pas de jouir des douceurs dumariage, il pratiquait en récompense ce qu’il répétait souvent,que ceux à qui cet engagement si naturel est interdit, doiventau moins en bons citoyens , et pour dédommager l’Etat des sujetsqu’ils ne lui donnent pas , se charger de l’éducation et de la sub-sistance de quelques enfans pauvres ou abandonnés, surtout deceux qui, sans parens des leur naissance, n’ont de ressource quela charité publique. Il faisait élever avec intérêt quelques enfansde cette espèce; mais dans leur éducation il ne donnait rien àla vanité ni à l’opinion , et tout à l’avantage le plus sûr pour cescréatures infortunées; il négligeait de leur faire enseigner les
' Cet e'iogc a e'tè lu le îG février 1775, M. Xurgot étant contrôleur-general.