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Tome troisième.
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aGo ÉLOGE

par faiblesse dans les routes battues, répètent, en la méprisant,l’opinion de la multitude, qui s’y affermit ensuite elle-même enla répétant d’après eux, et qui devient à son tour leur écho,parce qu’ils ont été le sien. Notre philosophe prétendait que cettefrayeur pusillanime de heurter les idées vulgaires , s’était éten-due-sur les matières même où il est le plus évidemment permisde penser d’après soi, sur les objets de littérature et de goût;il soutenait que la crainte de s’attirer des ennemis , ou tout aumoins des injures, avait forcé des milliers d’écrivains de rendrehumblement leurs hommages à des préjugés qu’ils savaient nui-sibles au bien des lettres , d’adorer avec superstition ce qu’ils au-raient dû honorer avec discernement, de louer , à force de pru-dence , des productions médiocres honorées de la protectionpublique, d’employer enfin à ne pas dire leur pensée tout l’espritqu’ils auraient dû mettre à la dire. En déplorant cette faiblesse ,l’abbé de Saint-Pierre aurait pu y trouver un remède (io). Ceserait que chaque homme de lettres laissât un testament de mort,où il s’expliquât librement sur les ouvrages, les opinions, leshommes, que sa conscience lui reprocherait d’avoir encensés,et demandât pardon à son siècle de n’avoir avec lui qu’une sin-cérité posthume. En usant de celte innocente ressource, les sagesqui dirigent l’opinion par leurs écrits , n’auraient plus la douleurd’accréditer les erreurs qu’ils voudraient détruire ; et leur récla-mation , quoique timide et tardive, serait comme une portesecrète qu’ils ouvriraient à la vérité.

Cependant, malgré tant de causes réunies pour empêcher leshommes de s’éclairer , l’abbé de Saint-Pierre était persuadé duprogrès plus ou moins tardif des lumières dans to'us lés genres etdans tous les états. Il ne craignait point d’annoncer aux orateurset aux poètes un siècle futur de sévérité et de raison, où l’onferait, disait-il, fort peu de cas de l’éloquence, et surtout de lapoésie, et où l’on goûterait peu les ouvrages qui ne joindraientpas l’utilité de l’instruction aux charmes du style. On lisait unjour devant lui un de ces écrits qui n’ont de mérite que l’agré-ment , et qui fort accueillis dans notre siècle, devaient obtenir ,selon lui, peu de faveur chez nos arrière-neveux. Comme il pa-raissait beaucoup plus froid que le reste de l’auditoire, et mêmequ’il souriait de temps en temps, on lui demanda ce qu’il pensaitde l’ouvrage : Eh mais, répondit-il , cela est encore fort beau.

L’art oratoire ayant eu pour lui si peu de charmes , on ne serapoint surpris que les sermons les plus vantés fussent à ses yeuxde pures déclamations où , à l’en croire, le moindre intérêt duprédicateur avait été de convertir ceux qui l’écoutaient. Aussi,renchérissant sur le traité de Nicole, de la maniéré de profiler