DE SAINT-PIERRE. 2G1
des mauvais sermons , et enveloppant tous les prédicateurs dansses plans de réforme , il avait dressé un projet intitulé : Moyende rendre les sermons utiles (1 1). Ce titre , bien plus piquant parsa simplicité naïve , que si l’auteur avait voulu faire une plaisan-terie , n’a pas été trouvé assez fin par un de ces hommes quis’amusent à faire des titres de livres, ce qui est plus aisé que defaire les livres même ; il a transformé le projet sans malice del’abbé de Saint-Pierre en projet pour rendre utiles les prédica-teurs et les médecins , les traitons et les moines, les journauxet les marrons d’Inde.
L’Académie Française, qui était pour l’abbé de Saint-Pierreune espèce de petite patrie adoptive, avait sa part aux projetsd’amélioration d’un auteur si patriote. Il voulait que les ha-rangues de nos récipiendaires , harangues vouées et condamnéesde son temps à ne contenir que de froids éloges, fussent des dis-cours pleins d’élévation et d’énergie, où la raison fût jointe àl’éloquence, la simplicité au bon goût, la dignité à la chaleur ,et des louanges nobles à des vérités utiles ; il voulait que les sujetsde nos prix d’éloquence ne fusseut plus, comme ils l’ont été du-rant près d’un siècle , des textes de sermons , mais qu’on lesconsacrât à l’éloge des hommes célèbres qui ont honoré la nationpar leurs lalens et par leurs vertus ; et que ces éloges servissentde cadre, et comme de prétexte, à des leçons importantes,tracées ou par les succès , ou même par les fautes de ces grandshommes (1?.). Ce projet de l’abbé de Saint-Pierre n’a pas été unrêve comme les autres; il pourrait dire à ses confrères, s’il re-venait parmi eux : de tous mes concitoyens , vous seuls avezdaigné m’entendre; et il se féliciterait de voir ses vues si heu-reusement remplies par l’éloquent panégyriste des Daguesseau ,des Sully , des Descartes , et par ses dignes successeurs.
Ennemi déclaré de toutes les erreurs qui avilissent et dévorentl’espèce humaine, il avait voué à la religion musulmane uneaversion particulière, moins encore pour son absurdité, quepour l’appui déclaré qu’elle prête à l’ignorance , et à tous lesmoyens d’abrutir les peuples 1 (i3). 11 déplorait en même temps,avec toute la candeur de son âme, l’aveuglement funeste qui anui tant de fois au christianisme , en montrant un zèle indiscretou barbare pour le servir ou pour le venger. Aussi plein d’horreurque de mépris pour les fanatiques persécuteurs , il proposait toutà la fois, et de les enfermer comme insensés, et de les jouersur le théâtre comme ridicules. Il pensait que dans les contro-verses théologiques, quelquefois si futiles et toujours si dange-
' Voyez l’écrit do l’abbé de SamlTicrrc, sur le Mahométisme, dans lerecueil de ses OEuvrcs.