262 ÉLOGE
reuses , qui troublent souvent l’Église et l’État, un gouvernementsage doit fermer sévèrement la bouche à ceux qui les excitentou les entretiennent pour avertir de leur existence ce mêmegouvernement, qui sans cela l’aurait ignorée; et l’exhortation del’abbé de Saint-Pierre à ces turbulens argumentateurs, exhorta-tion à la vérité fort inutile, se réduisait à ces deux mots, grandsilence; c’était avec eux son cri de guerre , ou plutôtde paix(i4)-Si parmi tant de vues estimables de notre zélé philosophe , onrencontre quelques opinions justement répréhensibles, si quel-ques autres supposent dans la nature humaine un degré de per-fection qu’elle n’atteindra peut-être jamais, les écarts ou lesméprises qu’on pourra reprocher à l’auteur , mais qu’il ne fautjamais lui reprocher avec amertume , doivent apprendre à sespareils, qu’en vain l’homme vertueux aspire à faire le bien, s’iln’a pas cette patience éclairée qui sait en attendre les momens;et qu’avec les intentions les plus louables , on peut nuire en deuxmanières à la vérité, ou en mettaut des erreurs à sa place, ouen se pressant de la montrer avant le temps. C’est aux hommessages à juger sur ces deux point l’abbé de Saint-Pierre; maisc’est en même temps aux gens de bien à l’absoudre des fautesoù sou amour pour les hommes a pu l’entraîner. L’humanité ,dont il a connu les titres et défendu les droits, peut lui dire , sinous osons nous permettre cette application , ce que le Dieu declémence dit à la pécheresse : beaucoup de pêchés vous serontremis, parce que vous avez beaucoup aimé. Puisse la religion ,à qui l’humanité est si chère, mettre le sceau à cette indulgence !puisse-t-elle ratifier en faveur de notre vertueux confrère l’espècede devise qu’il a mise à la fin de la plupart de ses ouvrages :paradis aux bienfaisans.
Ses principes de gouvernement, bons ou mauvais , l’avaientrendu peu favorable à ceux que Louis XIY avait suivis. Il eutl’imprudente franchise de s’en expliquer, non pas avec fiel, ilen était incapable, mais peut-être avec trop peu de ména-gement, dans un ouvrage qu’il publia trois ou quatre ans aprèsla mort du roi. Il oubliait que la vérité , qui ne doit parlerqu’avec respect aux princes vivans, ne doit aussi toucher qu’avecsagesse à la cendre d’un prince qui vient de disparaître. Laliberté peu mesurée de l’auteur excita contre lui un violentorage (i 5 ). Un académicien (le cardinal de Polignac ) qui, exiléet disgracié par Louis XIY, n’avait pas à craindre qu’on lui re-prochât trop de reconnaissance pour le monarque , crut faire unacte de générosité , ou de bienséance , ou de justice , en ven-geant la mémoire d’un roi dont il paraissait oublier la rigueur àson égard. Il apporta le livre à l’Académie, y lut en frémissant