Band 
Tome troisième.
Seite
263
JPEG-Download
 

DE SAINT-PIERRE. a63

l’endroit où les mânes du souverain défunt étaient attaqués,communiqua ce frémissement à ses confrères , et insista sur lapunition de l’auteur. L’abbé de Saint-Pierre écrivit de son côté àla compagnie , et demanda la permission de se défendre avantd’être condamné. Sa demande fut rejetée à la grande pluralitédes voix, par la raison, que dans le cas où il viendrait pour serétracter, la rétractation serait secrète et renfermée dans l’en-ceinte de la compagnie, tandis que l’offense avait été publique.Il eût sans doute été indécent à l’Académie , après avoir tantcélébré Louis XIV vivant, de refuser justice à son ombre , etd’ensevelir avec son protecteur dans le même tombeau , sa recon-naissance et ses éloges. Mais il semble aussi qu’il eût été juste dejoindre aux expressions de l’hommage que méritait son roi, leségards que réclamait un confrère plein de droiture et de vertus,et d’entendre de sa propre bouche , ou son apologie, ou ses re-grets , ou sa condamnation. Ou ne pensa pas alors ainsi; devingt-quatre académiciens dont l’assemblée était composée ,quatre seulement furent d’avis qu’on écoutât le coupable ; c’é-taient le vertueux Sacy, les sages La Motte et Fontenelle , et lerespectable abbé Fleury qui, ayant écrit avec tant de véritél’histoire de l’Eglise , savait que les conciles n’avaient jamais re-fusé d’entendre les hérétiques , et ne croyait pas devoir se mon-trer plus difficile pour la gloire du roi, que l’Eglise ne l’avaitété pour la gloire de Dieu. Quoi qu’il en soit, la grâce ou lajustice que l’abbé de Saint-Pierre désirait nè lui ayant pas étéaccordée, on opina par boules sur la punition qu’il avait en-courue ; toutes les boules , à l’exception d’une seule, furent pourl’exclure de nos séances. Cette boule courageuse fut donnée parFontenelle, qui toujours sage et réservé dans ses écrits et dans sesdiscours, mais toujours ferme et décidé dans ses procédés et danssa conduite, crut devoir réclamer, au moins tacitement, contreune rigueur qui lui paraissait précipitée. Ou accusa de cette ré-clamation secrète Sacy, fort lié avec l’abbé de Saint-Pierre:l’accusation obligea Fontenelle à déclarer qu’il était le coupable ;et personne n’osa s’élever contre un crime que plusieurs se re-prochaient de n’avoir osé commettre. Un des académiciens (leduc de La Force) qui avaient assisté à la séance , avait appa-remment oublié ce fait, lorsque se trouvant quelques annéesaprès avec Fontenelle et l’abbé de Saint-Pierre, il voulut per-suader à ce dernier, qui fit semblant de le croire , que c’étaitlui qui avait donné cette boule unique et favorable. Fontenellea dit plus d’une fois, avec toute la modération philosophique ,qu il avait été un peu surpris de n’avoir pas eu un seul compliceeu cette occasion. Mais l’animosité contre l’abbé de Saint-Pierre