DE SAINT-PIERRE. 2 G 7
exemple, employé par Corneille et par Voltaire, n'a été, jusqu à pré-sent, employé que par eux, et mériterait bien de l’être par d autres..Lorsque Voltaire envoya à l’Académie ses excellentes remarques, encoremanuscrites, sur les pièces de Corneille, il observait avec regret, dansune de ces remarques, que le mot invaincu n’avait pas fait fortune.L’Académie écrivit en marge : Que ne la lui faites-vous faire ? 11 a suivice conseil ; il a hasardé ce mot dans une de ses pièces, et n a pu luiredonner la vie.
L’Académie se souvient encore que l’abbé d’Olivet, grand ennemides innovations, ne pouvait souffrir ce mot de bienfaisance. Il fil desreproches très-sérieux à un jeune homme de beaucoup de talent ( cejeune homme était l’abbé Delille), de ce qu’il avait employé ce mot dansle titre d'une ode qui concourait pour le prix, et que l’Académie citaavec éloge. Il aurait dû pardonner au mot en faveur de la chose, et autitre en faveur de l’ouvrage.
( 7 ) Notre académicien, déjà si déclaré contre la guerre et contrel’excès des impôts, ne se montre pas moins ennemi de l’intolérance re-ligieuse, de la persécution qui en est la suite, et du faste des dépensesinutiles, payées delà substance et des larmes du peuple. Il regardait lepouvoir arbitraire et les maux qu’il entraîne, comme la plus grandeplaie d’un gouvernement. Parmi les tyrans imbéciles ou féroces qui ontporté le nom d’empereur ou de roi, il associait aux Néron, aux Tibèreet aux Domitien, Louis XI, Charles IX et Philippe II.
En général, quoique son caractère le portât à ne mal penser de per-sonne , il n’était pas fort prévenu en faveur des princes. Il croyait à lavérité que l’homme était né bon ; mais il ajoutait, que dans la plupartdes souverains, l’éducation avait déprave la nature. S’il respectait tropl’autorité légitime pour donner aux rois l’épithète injurieuse et grossièredont Homère les qualifie ( ts*ip.og<içtss fictmtevs ), roi mangeur des peu-ples , il n’était guère moins réservé à leur accorder ces louanges donton est si prodigue envers eux, et qui souvent n’avaient été bonnes, selonlui, qu’d encourager la méchanceté puissante. « Les princes, disait le» duc de La Rochefoucauld, sont toujours dans une espèce de machine» pneumatique dont on a pompé l’air, c’est-à-dire, dans le vide pour» eux, parce que personne ne les reprend et ne les blâme ; et enllés» pour nous, qui sommes pressés de toutes parts. »
Malgré la sévérité de scs jugemens philosophiques sur les monarques,1 abbé de Saint-Pierre, aussi éloigné de la satire que de la llutterie, savaitlairc quelques exceptions en faveur du petit nombre de princes qui lesont méritées. Il rendait à tous les souverains, tant morts que vivans, lajustice qu’il croyait leur devoir, et savait connaître et distinguer en eux,comme dans le reste des hommes, les lumières et les talens. Il avait vules premières années du monarque célèbre qui joue un si grand rôle enEurope, et disait à un philosophe qui revenait d’Angleterre et qui s’enallait en Prusse : Vous venez de voir une nation bien au-dessus de sonroi, vous allez voir un ivi bien au-dessus de sa nation. Mais ch meme