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Tome troisième.
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aC8 NOTES SUR L’ÉLOGE

temps il appréciait, avec la plus rigoureuse franchise, les souverainsqui lui paraissaient avoir violé ses maximes austères sur les devoirs sacrésque le trône impose. Louis XIV était un de ceux qu’il accusait le plusd’avoir manqué à ces devoirs ; aussi se montrait-il très-peu favorable àce prince, quoiqu’il eût, disait-il, été obligé de le louer par étiquettedans son discours de réception ; il aurait été plus juste en reconnaissantque ce monarque fut en effet très-louable à beaucoup d’égards, et surtoutpar l’huinble aveu qu’il fit en mourant, d’avoir trop aimé le faste et laguerre, que l’abbé de Saint-Pierre lui a tant reprochés. L’opinion qu’ilavait de Louis XIV, se remarque surtout dans ses Annales politiques ;il y expose fort en détail et presque avec amertume, quoiqu’au fondson cœur fut incapable de fiel, tout le mal qu'il croyait que Louis-le-Grand avait fait à son royaume. Mais ce philosophe si doux par carac-tère , devenait violent et presque satirique dès qu’il s'agissait de peindreceux qu’il appelait les malfaiteurs de l’humanité, et dans lesquels ilvoyait ou croyait voir les vrais ennemis de ce bien public, le seul objet deses désirs et de ses veilles.

Cependant l’abbé de Saint-Pierre, en se déclarant hautement contreles vices, les erreurs et les fautes qu’il reprochait à Louis XIV, le justi-fiait en même temps sur quelques défauts dont on l’accusait, et dontnotre philosophe ne jugeait pas de même. Il ne blâmait nullement, parexemple, l’air sérieux de ce prince, que d’autres appelaient morgueloyale ; l'abbé de Saint-Pierre croyait que cette fierté apparente étaitnécessaire à un roi des Français, pour se faire respecter de cette nationlégère et frivole. On sait le mot d’un grand prince, â qui on disait queLouis XIV faisait le roi mieux que personne : Quoi, répondit-il ,mieux que Baron ?

Un des ouvrages les plus estimables de l’abbé de Saint-Pierre a pourobjet la différence du grand homme et de l’homme illustre. Il appellehomme illustre, celui qui n’a fait que des actions éclatantes, et grandhomme, celui qui n’a fait que de grandes actions de vertu, ou rendu àl’humanité de grands services. Il préfère à tout Epaminondas, Scipionet Descartes, Epaminondas à Scipion, et Descarlcs à Epaminondas. Ilsupposait, et on le croyait de son temps, que Dcscartcs n’avait enseignéaux hommes que des vérités. Il blâme la mort de Caton, non par lamauvaise raison qu’en ont donnée tant de docteurs, que cette mort étaitune lâcheté, mais parce que ce n’était pas le parti le plus avantageux àla république. 11 blâme aussi Fénélon d’avoir, selon lui, fait de sonTélémaque un jeune homme qui n’aime que la gloire '. La raison qu’ildonne de sa critique, et qui, dans ses principes surtout, aurait pu êtrebeaucoup meilleure, est que l'homme ne peut pas subsister avec unseul goût.

' Cotte critique du Télémaque est injuste, et prouve que l’abbé de Saint-Pierre avait peu lu cet ouvrage, si conforme à ses principes sur la bienfai-sance, l’amour de la paix,les caractères d’un bon gouvernement, où Fénelonn’inspire aux princes que l’amour de la vertu et des hommes, et ne leurpermet d’airacr la gloire que lorsqu’elle est fondée sur la vertu.