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Tome troisième.
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DE SAINT-PIERRE. 269

L’amour de la guerre, disait noire académicien philosophe, ne trouveque trop d’encouragement et d’appât dans le cœur des princes ambi-tieux , par cette cruelle , mais puissante raison, que s’ils font la guerreavec succès, l’avantage et la gloire seront pour eux, et que si leursarmes sont malheureuses, le dommage 11e sera guère que pour leurspeuples : et qu’esl-ce que c’est que les peuples, ajoutait-il, pour la plu-part de ceux qui les gouvernent? Il est vrai que l'imbécile multitudefavorise elle-même stupidement l'orgueil barbare des princes guerriers ,en les encourageant par ses éloges à cueillir des lauriers teints de sanget de larmes, tandis qu’elle sait à peine distinguer les princes bienfai-sans et justes. L’abbé de Saint-Pierre en donnait aussi la raison ; c’estque les peuples partageant avec leurs rois les dangers de la guerre, etsouvent meme s’y exposant tout seuls, croient en partager la gloire ; aulieu que la gloire d’un prince juste n’étant guère que pour lui seul, n’in-téresse pas autant la vanité de la nation, quoiqu'elle intéresse bienplus sou bonheur.

(8) Il n’était pas fort éloigné de reconnaître lui-même l’insuffisancede celte diète, qu’il proposait pour concilier les passions humaines.Car il disait quelquefois en parlant des projets qui n’aboutissaient à rien :Cela est infructueux comme un concile : or, devait-il plus comptersur sa diète européenne, que sur ces diètes de la chrétienté, et attendreplus de fruit d’un sénat de monarques que d’un synode de prêtres ?Mais malgré le peu de succès qu’il espérait de sou zèle, il se croyaitobligé d’exposer les vues qui lui semblaient utiles, au hasard de 11c lesvoir jamais exécutées ; et quand oit lui rappelait ce mot de Malherbe ,répété depuis par tant d’hommes qui se croyaient sages, « qu'il ne faut» point sc mêler du gouvernail d'un vaisseau où l’on n’est que passager :» Oui, répondit-il, si l’on n’entend rien à manier le gouvernail, ou si» on 11’est pas eu état de donner de bons avis à un pilote ignorant;» mais au moins sera-t-il permis au pauvre passager, que ce pilote» n’écoute pas, et qu’il risque de noyer avec toute sa barque, de traiter» le patron comme il le mérite. » Il était persuadé que tout hommevertueux et éclairé, qui se soumet à vivre sous un gouvernement, dequelque espèce qu’il soit, populaire, monarchique , despotique même,doit à ses compagnons de liberté ou d’esclavage, le secours au moins deses lumières, s’il ne peut leur en donner de plus efficaces, et qu’il estredevable à sa patrie , soit naturelle, soit adoptive , de tout le bien qu'ilpeut lui faire. L’abbé de Saint-l’ierre n’aurait pas imité ce philosophe,trop injuste ennemi de la monarchie , qui, chargé, dans un dictionnairede morale, de l'article Citoyen, voulait le réduire à ces deux mots :Citoyen, voyez République .

Bien éloigné d’approuver les trois maximes dont les vieux moinesprétendent se trouver si bien pour leur bonheur et pour leur repos, iln’avait point comme eux pour principe, disait-il, ni de laisser aller lemonda comme il veut, ni de dire toujours du bien de M. le prieur, nide faire son devoir tellement quellement. Il convenait pourtant de la