27 « NOTES SUR L’ÉLOGE
politique très-réfléchie et de la philosophie profonde de la troisièmemaxime : « Tellement guellement, observait-il, excellente règle pour» tous ceux qui préfèrent leur bien-être à la chose publique, et qui ayant» connu par expérience toute la malice des hommes, en ont conclu» qu'il ne faut remplir ses devoirs ni assez mal pour mériter les re-» proches, ni assez bien pour exciter l’envie. »
11 pensait à peu près de même sur ce mot d’un ancien, « que deux» lois gouvernent le monde, celle du plus fort et celle du plus fin. Jey> n’ai, disait-il, que trop reconnu par l’expérience cette triste vérité ;» mais j’aurais beau vivre des siècles, je ne pourrais jamais m’y faire ;» et je ne m’accoutumerai point à ne voir dans ce malheureux monde» que des tyrans ou des esclaves , des trompeurs ou des dupes. »
L’humanité doit s’affliger sans doute que tous les vœux de l’abbé deSaint-Pierre pour elle n’aient été que des rêves ; il est pourtant un deses ouvrages qu’on doit distinguer par les bons effets qu'il a produits ;c’est son mémoire sur V établissement de la taille proportionnelle. Cemémoire contribua beaucoup , sinon à délivrer entièrement, au moinsà soulager la France de la tyrannie de la taille arbitraire. Sur cettematière importante, l’auteur a parlé en véritable homme d’état. Com-bien d'hommes qui usurpent ce nom, sont loin d’avoir été si utiles !u La seule grâce, disait-il, qu’un ministre puisse se permettre de de-» mander au roi, c’est de lui dire dans son testament : Si j’ai rendu à» l’Etat quelque service, c’est à sa majesté d’en marquer sa reconnais-» sance à ma famille. » Tel est le conseil de notre philosophe à ceuxque le prince honore de sa confiance, et tel est, selon lui, le meilleurmoyen de prouver qu’ils la méritent : Mais je crains, ajoutait-il, queplus (Tun homme en place ne dise ici comme les apôtres : Durus esthic sermo
(g) Ce célibat, malgré les puissantes raisons qui ont déterminé l’Égliseà l’ordonner, paraissait à l’abbé de Saint-Pierre une loi trop dure, etcontraire même aux bonnes mœurs, par la nécessité où se trouvaient,selon lui, tant de ministres des saints autels d’y désobéir avec scan-dale. 11 prétendait d’ailleurs que des ecclésiastiques mariés seraientdes sujets beaucoup plus fidèles, étant attachés à l’Etat et aux lois pâl-ies liens les plus chers ; et que le célibat, en rendant pour eux l’autoritémoins redoutable, les mettait dans une sorte d’indépendance trôs-dan-
1 L’histoire nous offre un exemple rare et assez peu connu de ce désinté-ressement dans le respectable don Juan de Castro, vice-roi des Indes pour lePortugal, vers le milieu du seizième siècle. Cet homme illustre par plusieursvictoires, déclara en mourant « qu’il n’avait jamais reçu de présens de per-„ sonne; que les appointemens qu’il devait toucher lui ayant manqué sou-» vent, il avait consumé son propre bien au service de l’Etat; qu’il se voyait,
» dans scs derniers rnomens, privé du nécessaire, et que dans cette extrémité» il priait qu’on voulût bien le faire entretenir aux frais du public, pour le» peu de temps qu’il lui restait h vivre. » On lui trouva après sa mort troisréalcs : c’était tout l’argent qu’il avait. Peu de ministres envieraient une pa-reille succession.