DE SAINT-PIERRE. a-t
gcreuse pour le bon ordre public ' ; il était persuadé que la oour deRome, qui voulait toujours avoir celte milice à ses ordres, et qui s'étaitconstamment refusée à lui accorder le mariage, avait fait en cela, peut-être par simple préjugé ou par superstition , une chose bien utile à sesintérêts.'
L’abbé de Saint-Pierre combattait aussi de tout son pouvoir une desprincipales raisons que les défenseurs du célibat ecclésiastique apportenten faveur de cette loi. a En Angleterre , disent-ils, les mauvais lieux» ne sont peuplés que de filles et de veuves de prêtres, parce que les» bénéfices y étant d'un bon revenu , ces malheureuses personnes, ac-» coutumées à l’aisance du vivant de leur père ou de leur mari, se Lrou-» vent tout à coup dans la misère après sa mort ; et n’ayant point de» ressource, se jettent dans la débauche pour gagner leur vie. » Notreacadémicien répondait qu'il n’en est pas ainsi dans plusieurs autrespays protestans, où néanmoins les ministres ont aussi un état décent ethonorable ; que si les veuves ou les orphelines de prêtres sont scanda-leuses en Angleterre , c’est à la corruption des principes et des mœursqu’il faut attribuer ce désordre, dont il serait facile d’arrêter l'effet parde bonnes lois, rigoureusement exécutées. Nous laissons à cette nationphilosophe à juger de ce qui est possible en ce genre ; il serait fâcheuxpour elle que dans un pays où, si l’on eu croit ses fiers liabitans , il n’ya i le maître que la loi, elle fût impuissante pour réprimer le scandaledes mœurs publiques.
Ceux qui prétendent et qui racontent que sur ce point délicat l’abbé deSaint-Pierre remplissait avec exactitude, malgré les lois ecclésiastiques, cequ'il appelait l 'intention de la nature, assurent que ce n’était nullementpour satisfaire à des besoins qui n’étaient pas chez lui fort impérieux ;mais, si l’on ose employer ce terme, par un prétendu principe de cons-cience. Il s’imaginait, clit-on, que chaque citoyen était obligé de fournirdes sujets à la patrie, et il ne se croyait pas dispensé par son état depayer son contingent comme les autres.
Nous avons dit qu’il faisait apprendre à de pauvres enfans dont ilprenait soin, des métiers utiles et durables , et jamais ceux dont il pré-voyait l’anéantissement. Un de ces métiers, qui, selon lui, ne devaitavoir qu’un temps, était celui de perruquier, dont il augurait mal, on nesait pas pourquoi, quelque commodité qu’il procure aux têtes chauves ,et quelque ancien même qu’il soit déjà, comme l'a prouvé le savant Tliiersdans son docte et profond Traité des perruques , ce qui ne semble pasannoncer leur prochaine décadence. Notre académicien comptait beau-coup plus sur la durée des métiers de boulanger, de tailleur, de cordon-nier, etc., et ne payait l’apprentissage des enfans qu'il élevait, que pourdes métiers de cette utilité première et immuable.
(io) « Où est l’écrivain, disait-il, qui ait osé, dans aucun temps, dire» lrancliement et nettement ce qu’il pensait sur la plupart des opinions
1 On peut voir dans l’ Encyclopédie , à la fin do l’article célibat , l’extraitdétaillé et raisonné du Mémoire de M. l’abbé de Saint-Pierre sur ce sujet.