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Tome troisième.
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?. 7 2 NOTES SUR L’ÉLOGE

» uniquement consacrées par l’ignorance, par l’aveuglement ou par» l’esclavage ? combien n’a-t-on pas vu de gens de lettres, presque à» chaque page de leurs écrits, faire humblement et tristement leur révé-» ronce plus ou moins profonde à la tyrannie ou à la superstition, llatter» l’oppresseur qu'ils détestaient, encenser l’idole qu’ils auraient voulu» fouler aux pieds, caresser à force de prudence l’erreur qu’ils brûlaient» d'anéantir ? combien de fois les philosophes n’ont-ils pas été obligés,« pour hasarder une vérité utile, de l’énoncer obscurément, quelque-» fois même de se borner à la faire entendre, en énonçant faiblement» et, avec restriction l’erreur contraire? Ils ont employé à cacher ou à» déguiser leur pensée, tout ce qu’ils auraient dû mettre de génie et de» talens à l’énoncer avec force et avec courage. Comment démêler la» vérité sous ce masque de ménagemens et de subterfuges ?

» Ces philosophes, prudens ou timides, ont fait de leur art lâche et» trompeur, une science-qu'ils ont appelée rhétorique, et qu’ils ont» cultivée avec soin comme la science la plus estimable et la plus utile.» Ils ont ressemblé aux bateliers qui tournent le dos où ils veulent aller,» avec cette différence que les bateliers abordent, et que les philosophes» ont presque toujours été repoussés du port par la violence des vents et» de l’orage. Si quelqu’un d’entre eux, bien persuadé d’une vérité,» prend la liberté de la présenter avec vigueur, sans tout l’attirail de» modifications, qui ne sert qu’à la défigurer ou à l'affaiblir : Vousn prenez, lui dit-on, avec leMarphurius de Molière, un ton trop afjlr-» malif; vous ne devriez pas dire cela est ainsi, mais il me semble» que cela est ainsi. Le philosophe pourrait répondre comme Sgana-» relie à Marphurius : II faut bien qu'il me semble , puisque cela est.» Doit-on s’étonner qu’il faille tant de siècles pour élever l’édifice de la» raison, puisqu’il y a d’un côté tant de risque à ajouter une pierre à» l’édifice, et de l’autre si peu de mains capables de l’y ajouter ‘ ? »

Notre académicien, pour confirmer par des exemples l’utilité de cettefranchise philosophique qu’il désirait tant de voir établie, prétendait quele cynique Diogène, si méprisable d’ailleurs dans ses maximes et dans saconduite, était peut-être le philosophe de l’antiquité qui avait dit le plusde mots excellens, parce que la liberté ou, si l’on veut, la licence qu’ils’était arrogée de tout dire, donnait à son peu de génie tout l’essor dontil était susceptible : il était semblable à ces insectes lumineux, dont onaperçoit quelquefois l’éclat au milieu de la fange. L’abbé de Saint-Pierre concluait, non à l'établissement d’une pareille licence, mais àcelui d’une liberté décente et honnête, toujours suffisante aux véritablesgénies pour déployer ce qu'ils sont, et mettre eu action toutes leursforces.

C’est à peu près ainsi qu’il exprimait sa douleur du malheureux silenceque la philosophie s’est imposé si souvent sur plusieurs matières où il lui

1 Celte manière de penser faisait dire à l'illustre Montesquieu , en parlant!< quelques sapes dignes de l’entendre : Heureux le pays où le prince ne faitnul cas de nous, et nous considère assez peu pour nous laisser faire!