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croyait permis de s’exercer, et qui, selon lui, étaient plus nombreusesqft'on ne pensait. Il serait à souhaiter qu’il en eût fixé d’une manièreplus précise les justes limites, trop resserrées peut-être par les uns, ettrop franchies par les autres. Nous ne nous flattons pas d’avoir rapportéscs propres paroles ; mais nous sommes sûrs au moins d’avoir expriméfidèlement sa pensée, telle que nous.l’avons recueillie plusieurs fois dela bouche d’un de ses amis , feu Mirabeau, de l’Académie Française,pour lequel il n’avait rien de caché. L’abbé de Saint-Pierre était mêmepersuadé, comme nous l’avons dit dans son éloge, que la pusillanimitédes hommes dans leur jugement s’étendait, à la honte de la raison, jus-qu’aux objets purement littéraires. La superstition aveugle que tantd'écrivains ont témoignée pour l’antiquité, n’avait, selon lui, d'autresource, dans la plupart de ces écrivains, que la crainte de choquer lesopinions reçues, en refusant, non pas d’honorer comme elles le mé-ritent les productions immortelles de Rome et d’Athènes, mais de seprosterner aveuglément devant elles. C’est bien ici le cas d’appliquer laréflexion de Voltaire, dans sa lettre au marquis Ma (Ici, qu’il a mise à latête de sa belle tragédie de Mérope. Après avoir fait une juste critiquede plusieurs endroits de Corneille, que personne avant lui n’avait osécchsurcr, par respect pour l’auteur, il ajoute : « Je vous dis ici, mon-» sieur, ce que tous les connaisseurs, les véritables gens de goût se» disent tous les jours en conversation, ce que vous avez entendu plu-» sieurs fois chez moi, enfin ce qu’on pense et ce que personne n’ose» encore imprimer. Car vous savez comment les hommes Sont faits ;» ils écrivent presque tous contre leur propre- sentiment, de peur de» choquer le préjugé reçu. Pour moi, qui n’ai jamais mis dans la litté—» rature aucune politique , je vous dis hardiment la vérité, et j’ajoute» que je respecte plus Corneille, et que je connais mieux le grand mé-» rite de ce père du théâtre, que ceux qui le louent au hasard de ses» défauts. »
Ainsi devraient parler tous les écrivains éclairés et courageux, quiosent n’être pas de l’avis de la populace littéraire sur l’adoration supers-titieuse des auteurs célèbres de l’antiquité, qui osent critiquer leurs fautesen admirant leur génie, et croire que les modernes les ont quelquefoiségalés ou surpassés.
L’abbé de Saint-Pierre, pour justifier ses assertions sur le culte ido-lâtre que tant d’hommes ont voué aux anciens, racontait l'histoired’un peintre qui, en présence de plusieurs tnaîtres de l’art, critiquaitsévèrement un tableau de Raphaël, devant lequel ces maîtres s’exta-siaient, et faisait contre ce tableau des objections beaucoup plus fortesque leurs réponses ; un habile artiste; qui était présent, et qui avait gardéle silence, ne put s’empêcher de leur dire avec la bonne foi la plus naï-vement exprimée : «Voulez-vous, messieurs, que je l’avoue? tout ce» que dit monsieur est vrai ; mais c’est qu’on n’a pas coutume de dire» cela. » On pourrait en dire autaut, ajoutait l’abbé de Saint-Fierre,de tant d'erreurs stupidement embrassées pur les uns, et politiquement
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