DE SAINT-PIERRE. 37S
parmi nous, qu’elle ne l'élait au commencement du dernier siècle. Nousne voudrions pourtant pas adopter la réponse que fit un courtisan àLouis XIV, qui se félicitait d’avoir enfin aboli les duels : Sire, vousauriez aujourd'hui bien plus de peine à les rétablir.
On ne peut qu’applaudir à tout ce que dit l’abbé de Saint-Pierre contreles vœux inonastiqqes précipités , et contre l’abus qui permettait alors deles faire à seize ans'; abus un peu corrigé de nos jours , mais qui devraitlctrqencorc davantage *. Scgrais ^ comme nous l’avons dit dans l’articlede cet académicien, appelait la manie de se faire moine, la petite vérolede l’esprit. L’abbé de Saint-Pierre goûtait fort cette expression , d’au-tant plus, disait-il, que cette manie était, dans ma jeunesse, la maladiede presque tous les enfans au sortir du collège.
Je fus attaqué, à dix-sept ans, de cette petite vérole religieuse. J’allaime présenter au père prieur des Prémontrés réformés d’Ardennes,auprès de Caen ; mais par bonheur pour ceux qui profiteront de mesouvrages, il douta que j’eusse assez de santé pour chanter long-tempsau chœur, et m’envoya consulter un vieux médecin du château de Caen,qui me dit que j’étais d’une complexion trop délicate. J’ai donc eu cettemaladie, mais ce 11’a été qu’une petite vérole volante. Il raconte à cetteoccasion l'histoire affreuse de l'abbc de Vateville, qui, ayant eu le mal-heur de se faire, à dix-sept ans, capucin, puis chartreux, s’ennuya ducloître, s’enfuit, tua trois hommes, épousa une religieuse, se fit maho-métan, et, pour rentrer en grâce avec l’Eglise catholique, trahit le sultanson bienfaiteur, en livrant aux Autrichiens un détachement qu’il com-mandait dans une guerre de l’empereur Léopold avec les Turcs. Cetteferveur monastique , si passagère et si funeste par ses suites, s’empara del'abbé Vateville au sortir d’un sermon sur l’enfer, dont le prédicateuravait fait la plus épouvantable peinture , autre matière de réflexions surl’effet terrible que certains objets religieux peuvent produire sur desâmes faibles et ardentes ’.
Ce morceau sur l’abbé de Vateville est peut-être le plus intéressantqu’on puisse lire dans les ouvrages de notre académicien philosophe.
L’abbé de Samt-Pierre, qui voulait que les ministres de la religion sebornassent à prêcher la morale, ignorait vraisemblablement l’anecdotesuivante, que nous ne garantissons pas , et même dont nous désirons lavérité plus que nous ne la croyons. On prétend que les premiers voya-geurs qui découvrirent les Moluques, trouvèrent que dans l'île deTer-natc, qui est une.de ces îles, la pratique de la religion était rigoureu-
‘ / oyez les notes sur l'article de Scgrais.
" Ce fut une cause semblable qui détermina le malheureux Jean Châtcl k1 assassinat d’Henri IV. Les jésuites ses maîtres, pour l’effrayer sur les suitesdes désordres où l'entraînait sa jeunesse, renfermaient dans une chambrenotre, où il était entouré de figures de diables. V ivement troublé par 1’affteuseimageries peines de l’enfer dont on le menaçait, il voulut racheter les supplicesde 1 autre monde par quelque horrible supplice dans celui-ci; pour obtenirce supplice, il commit le parricide qui l’y conduisit, et que d’ailleurs leanatisme catholique regardait comme une action méritoire.