DE SAINT-P 1 ERIVF.. 279
vent, sans (langer pour soi-même, faire déserter une méchante maisonà ceux qui l'habitent, il faut bien se garder d'y mettre le leu ; qu il lautseulement, auprès de cette maison, eu bâtir une autre plus commode etplus saine, qui invite à s'y établir ; et que pour lors les habitans de lapremière maison, qui l'auraient défendue avec iurcur contre une attaqueviolente, viendront d eux-mêmes et sans bruit habiter celle qu on leur apréparée > ; que parmi les abus sans nombre sous lesquels le mahomé-tisme fait gémir l'humanité, on doit relever avec soin ceux que les mi-nistres de cette religion n'oseront défendre à force ouverte ; qu il ne fautsurtout négliger aucune occasion de faire sentir au sultan que le muphtiet ses suppôts le tiennent comme en tutelle, par 1 autorité qu ils prennentsur lui, et par celle dont ils s'emparent auprès des peuples; qu il fautsans cesse mettre en opposition leur conduite avec leur doctrine, leurluxe avec le détachement dont ils font profession, leur fanatisme avecl i hilarité qu’ils prêchent et qu’ils annoncent. L'abbé de Saint-Pierrecitait à ce sujet ce que rapporte Diodore de Sicile, d un certain Efgamenesqui régnait à Meroë en Ethiopie, du temps de Ptolémée I’hiladelphe. Leprince, instruit de la philosophie des Grecs , et éclairé par les lumièresqu'il yavait puisées, s'affranchit du joug et de la tyrannie de ses prêtres ,les lit mourir comme des imposteurs qui trompaient ses peuples , et ins-titua un nouveau culte. Il ne fallait pourtant pas, disait notre indulgentacadémicien , faire mourir ces charlatans , mais seulement les empê-cher de vendre leur marchandise cl de décrier celle des sages.
C'est aux missionnaires du Levant qu'il appartient de juger et d'ap-précier ce projet de l’abbé de Saint-Pierre pour l’extirpation du maho-métisme ; projet d’autant plus utile, qu’il est applicable à tous les fauxcultes qui déshonorent à la fois la divinité et la raison humaine.
Dans le manuscrit dont nous parlons, il faisait encore sur celte impor-tante matière les réflexions suivantes. « Il y a des médecins qui ne croient» pas à la médecins, qui le disent même assez hautement, et à qui cette» franchise ne réussit pas mal : on cause avec eux : 011 a le plaisir de leur» parler de ses maux, car c'en est un de parler de soi ; ils vous écoulent,a ils n’ordonnenl point de remèdes, tout au [dus un régime fort simple» et quelques privations qui coûtent peu ; ils ne laissent pas de guérir» comme les autres ; ils font fortune, et peut-être leur succès mcttra-t-ila leur franchise plus à la mode. Dans les fausses religions, les prêtresa qui ne croient pas aux absurdités qu’ils enseignent, n’ont garde, poura l'ordinaire, de l’avouer; ils ne tireraient pas de leur franchise le mêmea avantage que les médecins de bonne foi ; un médecin qui avoue que» les remèdes sont une charlatanerie, est encore bon à quelque chose ;» un prêtre qui avouerait que la religion qu’il prêche est une imperti-a nonce , serait baffoué comme un affronteur public. Je 11c sais pour-
• Madame ^oottiiti, que nous aimons h citer dans l’éloge d’un saga qu elleaimait, avait retenu celle maxime de l’abbé de Saint-Pierre ; et c’est d’aprèslui qu elle la répétait souvent , connue l'a rapporté M. l’abbé Morellet, dans1 excellant portrait qu’il a tracé d’elle.