Band 
Tome troisième.
Seite
280
JPEG-Download
 

28 o NOTES SUR L’ELOGE

» tant si un imau ou un dcrvis, qui dirait au peuple musulman : Mas» enfans, toute la religion qu’on vous prêche doit se réduire A aimer» vos semblables; le reste n’est que visions indignes de Dieu et de» vous ; je ne sais , dis-je, si cet homme ne parviendrait pas à la longue» à se faire écouter, et s’il ne finirait pas par être l’objet de la vénération» des peuples, comme il serait celui de la haine de ses confrèrïs. Il» serait un faux frère à leurs yeux : la patrie le nommerait son père ;» elle lui devrait des autels, et peut-être finirait par lui en élever. »

II est vrai que dans les vues si saines de notre académicien pour ladestruction de la religion musulmane, on ne voit rien de ce que l’auteury aurait pu ajouter pour substituer la religion chrétienne à celte reli-gion absurde et barbare. Sans doute l’abbé de Saint-I’ierre pensait àcet égard comme le pieux et sage abbé Fleury, qui, à la lin de sonexcellent discours sur les croisades, propose une méthode à peu prèssemblable pour ramener les mahométans au christianisme.

« Je voudrais, dit-il, que nos missionnaires commençassent à s’insi-». nuer dans l’esprit des musulmans par les vérités dont ils conviennent» avec nous, l’unité de Dieu, sa puissance, sa sagesse, sa bonté et ses» autres attributs, les principes de morale qui nous sont communs, comme» la justice et l’amour du prochain. Il faudrait bien se garder de leur» parler trop tôt des mystères contre lesquels ils sont prévenus. Il serait» bon encore de relever les vices des chefs de la religion, leurs dé-» bauches, leurs cruautés, leurs perfidies. Je voudrais enfin que pour» ces conversions , on imitât la sage antiquité , qui faisait durer si long-» temps l'instruction des catéchumènes, tant sur la doctrine que sur les» mœurs. » On voit que les deux méthodes de conversion exposées parl’abbé de Saint-Pierre et par l’abbé Fleury, sont a peu près les mêmes ,avec cette différence que le second a développé sa méthode plus en détail,et que le premier n’a fait qu’esq.uisser la sienne dans un écrit court etimparfait, qu’il aurait sans doute complété en le mettant au jour. Lapureté bien connue des intentions du théologien éclairé doit répondre,en cette occasion, de celles du vertueux philosophe.

(4) Il y aurait peut-être un moyen plus sûr encore que la loi dusilence, pour faire cesser bientôt les misérables controverses dont l’Égliseet l’État ont été si souvent déchirés ; ce serait de laisser à ces inepties unlibre cours, en n’y mettant pas même l’ombre de l’intérêt ni de l’im-portance , en les laissant périr de leur mort naturelle dans la poussièretics écoles, et surtout en permettant aux écrivains éclairés de couvrirtoutes les querelles de cette espèce du ridicule qu’elles méritent. L’abbéde Saint-Pierre sentait lui-même toute futilité de ce moyen , pour ôteraux controverses théologiques leur absurde importance. « Lorsqu’il y a,» disait-il, dans une religion deux grandes sectes qui s’abhorrent et se» déchirent, comme parmi nous celle des molinistcs et des jansénistes,» celui qui entreprendra de les tourner en ridicule aui *d’autant plus» d’avantage, que dans tout ce qu’il dira pour se moquer de l’une des» deux, il sera sûr d’être appuyé par l’autre , toujours prête à applaudir