DE SAINT-PIERRE. 281
» aux traits qu’on lancera contre sa rivale. » En vain lui représentait-onqu’il était â craindre pour l'Église, si tristement divisée par ces deuxpartis, que du ridicule donné aux deux moitiés, il n en résultât celuidu tout; il répondait, avec autant de sang-froid que (Je vérité, que dansles fausses religions, le ridicule du tout, résultant de celui des deuxmoitiés, ne sciait qu'un bien de plus pour l humanité^pt pour la raison,et un bien d’autant plus précieux, qu’il s’opérerait sans effort et sans vio-lence ; mais que ce ridicule du tout n’était nullement à redouter pourune religion véritable.
Entre plusieurs griefs que l’abbé de Saint-Pierre reprochait au cardi-nal de Richelieu, il lui faisait surtout un grand crime du cas qu'il avaitparu faire de la théologie scolastique, et des disputes qu’elle entraîne.Dans son discours de réception il avait loué le cardinal de Richelieucomme il avait fait Louis XIV, par bienséance? et par devoir d'aca-démicien; mais il n’aimait pas plus le ministre que le prince. Il ne luipardonnait ni sa politique, ni sa dureté , ni son despotisme, ni enfin larestauration de la Sorbonne, pépinière, si on l’en croyait, de sophismes,de liâmes, de troubles , et que le cardinal eût bien fait, selon lui,d’anéantir de fond en comble , au lieu de la rebâtir. Notre académicienpensait à ce sujet comme le célèbre Casaubon , à qui l’on montrait uneécole de théologie, en disant : Voilà une salle où l’on dispute depuisquatre siècles. Qu’a-t-on décidé, répondit Casaubon? Le même savantassista un jour à une thèse théologique , écrite et soutenue en latin bar-bare 1 : Je n'ai jamais, dit-il, tant lu et tant écoulé de latin sans y rienentendre. L’alibé de Saint-Pierre, qui n’aimait ni le cardinal de Riche-lieu, restaurateur de la Sorbonne, ni par conséquent son pupille cou-ronné, Louis XIII, se plaisait à raconter une réponse que l’évêque deRelley, Le Camus, fit à ce cardinal.-.Que pensez-vous, lui demandaRichelieu, du Prince de Balzac et du Ministre de Silhon (c'étaient deuxouvrages qui venaient de paraître)? Le Prince, répondit l’évêque, nevaut guère, et le Ministre ne vaut rien.
(i 5 ) Il ne 6’était pas contenté de consigner secrètement dans sesAnnales politiques (qui n’ont paru qu’après sa mort) l’opinion peuavantageuse qu’il avait de Louis XIV, opinion assez semblable à celleque le vertueux Fénélon avait laissé voir dans son Télémaque ; l’abbéde Saint-Pierre crut pouvoir se donner carrière sur ce sujet, dans undiscours qu’il imprima sur» la polysynodie. Le duc d'Orléans, à qui safamille était attachée , se trouvait alors , en qualité de régent, à la tête
1 Si nous en croyons un écrivain moderne, on faisoit gloire autrefois de nejamais citer l’Écriture dans les disputes de scolastique; et le même auteurnous assure qu’on trouve ces propres mots dans les registres d’une faculté viethéologie : Solidd die (sexta jutii ), ah aurard ad vesperam, fuit ditputa-iitm, et quidem lam subtililer, ut ne verbum quittent de totd Scripturâjuerit. allégation. (Le (i juillet, on a disputé tout le jour, depuis le matinjusqu'au soir, et avec tant de subtilité, qu’ou u’a pas même cité un seul motdo V Ecriture. )