282 NOTES SUR L’ÉLOGE
du royaume. Il avait établi plusieurs conseils où'les affaires de l’Etal *etraitaient séparément; un conseil de guerre , un conseil d’état, un con-seil de finances, un conseil pour les matières ecclésiastiques. Notre aca-démicien, bien éloigné d’être courtisan et incapable de louer ce qu’il necroyait pas digne d’éloges , mais incapable aussi de se taire sur les véritésqu’il croyait importantes, fit l’ouvrage dont nous parlons, pour releverles avantages de cette pluralité de conseils ; car c’est ce que signifie cetitre de polysynodie, trop savant peut-être pour un ouvrage dont l'ob-jet, bien ou mal traité, était si intéressant pour la nation. Il opposaitcette manière de gouverner à celle de Louis XIV, et s’expliquait à celteoccasion très-librement sur ce monarque. Il fut accusé de lèse-majestéacadémique par le cardinal de Polignac, qui, ayant passé plusieurs annéesdans un exil où Louis XIY l’avait assez injustement condamné pour lemalheureux succès de ses négociations en Pologne, u’avait pas du nourrirau fond de son cœur des sentimens bien tendres pour ce prince, maisconservait apparemment pour les mânes du monarque la vénération reli-gieuse si long-temps prodiguée à sa personne. L’évêque de Fréjus, depuiscardinal de Fleury, se joignit au cardinal de Polignac ; ils demandèrentune assemblée générale, pour faire en même temps justice, et à l'augusteprotecteur de l’Académie, et à son téméraire détracteur. Les discoursqu’ils prononcèrent l’un et l’autre à cette occasion ont été imprimés dansquelques recueils, et nous en remettrons ici les principaux traits sousles yeux du public, comme un double monument de l’éloquence de cesdeux académiciens, et de leur zèle pour la mémoire de Louis XIV.
C’était dans l’assemblée du jeudi u8 avril 1718, que le cardinal dePolignac avait déféré l’ouvrage de l’abbé de Saint-Pierre , et demandéqu on fit justice de l’auteur. L’Académie fut convoquée par billets pourla huitaine, c’est-à-dire pour le jeudi 5 mai ; et à l'ouverture de cetteassemblée, le cardinal de Fleury, chancelier de l’Académie, fit le dis-cours dont on va lire une partie. Il est nécessaire de savoir, pour l'intel-ligence d’un endroit de ce discours, qu’environ deux années auparavant,le cardinal de Polignac avait déjà porté plainte contre l’abbé de Saint-Pierre, à l’occasion du mémoire de ce dernier sur l'établissement de latadle proportionnelle ; mémoire dans lequel il avait déjà hasardé des■expressions peu flatteuses pour la mémoire du roi. L’abbé de Saint-Pierre, pour prévenir l'effet de cette dénonciation, avait fait quelques■démarches dont l’Académie parut alors satisfaite, en avertissant l’accuséde ne plus retomber dans la meme faute : ainsi les nouveaux traits contreLouis XIV, répandus dans le discours sur la polysynodie, étaient re-gardés comme une récidive, et comme un oubli impardonnable du repen-tir que l’abbé de Saint-Pierre avait paru témoigner dans la précédenteaccusation. Écoutons maintenant le cardinal de Fleury, qui, présidanten cette circonstance à l’Académie , et ayant été nommé par Louis XIV[(récepteur du roi régnant son petit-fils , était en droit de jeler la pre-mière pierre au coupable.
« Je regarde, messieurs, l’affaire sur laquelle nous allons opiner,