DE SAINT-PI Eli RE. a83
comme la plus importante qui ait occupé jusqu’ici la compagnie. Cen’est point de la gloire du feu roi dont il s’agit, elle se soutiendra biensans nous, et la postérité lui rendra justice, quand même nous ne la luiferions pas dans la personne d'un de nos confrères, qui a eu la téméritéd’attaquer sa mémoire dans des écrits qu’il a avoué être de lui. Je faisprofession d’honorer sa famille, et elle mérite de l’être par tous les hon-nêtes gens ; mais quand il s’agit de lhonneur d’un corps, on ne seraitpas digne d’en être, si on lui préférait les amitiés et les liaisons particu-lières. Permettez-moi donc, s’il vous plaît, messieurs, de faire quelquesréflexions sur cette affaire , que vous aurez sûrement faites avant inoi.Vous aviez imposé la loi à tous ceux qui étaient reçus dans la compagnie ,de faire l’éloge du feu roi, et ce prince a été pendant cinquante ans lesujet de tous nos panégyristes. Un de nos confrères a la hardiesse devenir démentir pour la seconde fois, à la face du public, les justeslouanges que nous lui avons si long-temps données. Si nous laissons cettehardiesse impunie , n’aura-t-on pas raison de dire que les plumes del’Académie sont des plumes vénales , fconsacrées à la fortune et à l’inté-rêt , et que les louanges qu’elle donne ne durent qu’autant que la vie desprinces qu’elle loue ?
« Quand un de nos confrères (Furetière) attaqua autrefois la com-pagnie , avec quelle chaleur ne se porta-t-elle pas unanimement à leretrancher de son corps ? On dira donc que nous ne vengeons que nosinjures particulières > qu’on ne nous offense pas à la vérité impuné-ment , mais que nous sommes peu touches des offenses faites à notreprotecteur, de qui nous ne pouvons rien espérer après sa mort.
» Supposons pour un moment, messieurs, que le roi soit parvenu àl’âge de sa majorité , attendriez-vous un ordre de sa part pour vengerl’injure faite à son bisaïeul ? et ce que vous feriez alors, qui peut vous em-pêcher de le faire aujourd'hui ? J’ose donc vous dire, messieurs, que lepublic attend de vous une punition proportionnée à l’offense. Pour-rait-il être content d’une réparation, si forte qu’elle fût, renferméedans ces murailles ? On ne peut que vous louer de l’indulgence que vouseûtes pour la première faute de notre confrère; mais si vous traitiez demême la seconde,"ce ne serait plus une compassion pour le coupable,mais une indifférence trop marquée pour la gloire du roi, et plus encorepour l’honneur de la compagnie.
» J’ose même avancer qu’il serait honteux à nous de délibérer là-dessus , et que la manière la plus convenable et la plus noble de montrernotre zèle, serait de rayer, par une acclamation unanime, ce confrèredu catalogue des académiciens.
» Monseigneur le régent a déjà marqué son indignation en suppri-mant tous les exemplaires de ce libelle, et en faisant arrêter l’impri-meur. Il louera notre résolution, et certainement il aura la bonté dela confirmer. U a voulu laisser agir librement la compagnie, et ne pascontraindre ses suffrages , pour ne pas lui ôter le mérite du parti qu’elleprendra. M. le duc du Maine et M. le maréchal de Villeroi, qui ont eu