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Tome troisième.
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DE SAINT-PIERRE. 9.87

qu'il lui fût permis en tout temps (le la repousser , en rendant lui-memecompte des intentions qu'il a eues dans ses actions ? Il me semble , mes-sieurs , que l’application de ces principes généraux se fait naturellementdans mon a/Ta ire particulière. Vous savez que le jugement que vous avezfait de certains endroits de mon livre , s’est étendu sur ma personne parune interdiction déshonorante , qui m’a privé , sans avoir été entendu ,de I honncur et du plaisir d assister à vos conférences , ou j étais des plusassidus ; vous savez , d’un autre côté , que ce jugement n a pas été con-tradictoire. Je 11’ai point eu la liberté de me délendre ; il ne m a pointété permis de répondre à chaque article de mon accusation ; il ne m apoint été permis d’excuser devant vous sur mes bonnes intentions, cequ'il pouvait y avoir d’imprudent dans mes expressions. J’espere doncque vous voudrez bien statuer que mon affaire sera revue , que je seraientendu par les commissaires que vous nommerez ; qu’ils me communi-queront les endroits de mon livre qu on me reproche, et ou 1 on avait,cru voir des intentions punissables, et qu’après qu’ils en auront renducompte à la compagnie en pleine assemblée, elle voudra bien statuersur la durée de mon interdiction. 11 me semble, messieurs, que non-seulement vous devez celte révision àja justice que vous aimez, mais quevous la devez encore à la peine d’un ancien confrère qui se plaisaittant à vos conférences , et qui souffre d'en être si long-temps privé. Jesuis, etc. »

Après la lecture de cette lettre, on alla aux voix , et il fut arrêtéqu’on ne pourrait accorder à l’abbé de Saint-Pierre la révision qu’ildemandait, sans avoir pris sur cela les ordres du duc d’Orléans. Ondéputa donc vers le prince les trois officiers , qui rapportèrent qu'ils enavaient été reçus avec beaucoup de sécheresse ; que son altesse royaleavait parti mécontente de ce qu’on avait encore employé son nomdans cette, affaire , dont il ne voulait plus , disait-il, qu’on lui parlât,et dont il voulait encore moins se mêler. Il n’est pas défendu de croireque le régent, qui aimait et qui estimait l’abbé de Saint-Pierre, n’auraitpas été fâché que la révision du jugement eût été faite sans sou aveu, etqu’il se serait rendu peu difficile sur la grâce du proscrit. Sa réponse liales mains à l’Académie , qui désirait autant que le suppliant la révisionqu’il demandait. Satisfaite d’avoir vengé, dans son premier mouvement,l’ombre de son auguste bienfaiteur, elle n’avait plus à laisser agir queses sentimens pour un confrère très-estimable ; mais voyant ses vœuxinutiles, et condamnée à laisser subsister l’arrêt qu elle avait rendu, ellese contenta de donner beaucoup d’éloges à la prudence de son altesseroyale, et d’arrêter que tout ce qui s’était passé à l’occasion de l'abbéde Saint-Pierre, serait inséré dans ses registres pour être consulté àl’avenir dans les cas semblables, dont le ciel veuille préserver cettecompagnie.

Nous ne devons pas omettre, au moins pour l’apologie de nos devan-ciers , le témoignage que ces registres leur rendent ; c'est que la mêmesalle qui, pendant cinquante années , avait si constamment retenti des