aS8 NOTES SUR L’ÉLOGE
louanges du monarque vivant, en retentit encore davantage en celteoccasion quatre ans après sa mort : nouvelle preuve de cri que nous avonsdéjà dit tant de lois, que l’encens 'prodigué à Louis XIV durant sonrègne, était bien moins donné par l'adulation que par l'enthousiasme.Ce sentiment était sans doute exagéré à beaucoup d'égards; mais ilavait été sans cesse entretenu dans la compagnie par la juste reconnais-sance qu'elle devait à ce monarque. Il ne manquait à l'expression decette reconnaissance, dont l'abbé de Saint-Pierre fut la victime, qued’avoir été accompagnée de plus de modération à l’égard du prince mort,et de justice à l’égard du sujet vivant.
L’abbé de Saint-Pierre , exempt de haine et de rancune, continua debien vivre avec ceux qui l’avaient exclu ; il ne cessa pas même d’envoyerses productions à l’Académie, comme s’il en eut toujours été membre,et comme s’il eût mis encore quelque prix à son suffrage.
(16) Voltaire rapporte, qu’ayant demandé à l’abbé de Saint-Pierre,quelques jours avant sa mort, de quelle manière il envisageait sa finprochaine , il répondit : comme un voyage à la campagne.
L’Académie le traita après sa mort avec un peu plus d'indulgence quel’abbé Furetiêre, son compagnon rf infortune. Il avait été décidé au sujetde ce dernier , que la compagnie ne lui ferait point de service , commeelle en a fait à tous les académiciens qu’elle a perdus. Ce fut le résultatd’une longue délibération, où Despréaux, qui était pour le servie^,avait fait à ses confrères un sermon digne de Iiourdaloue, sur le par-don des injures. « Messieurs, leur ^lit-il, il y a trois choses à considérerici; Dieu ,• le public , et Y Académie. A l’égard de Dieu, il vous saurasans doute très-bon gré de lui sacrifier votre ressentiment, et de luioffrir des prières pour un mort qui en aurait besoin plus qu’un autre,quand il ne serait coupable que de l’animosité qu'il a montrée contrevous. Devant le public, il vous sera très-glorieux de ne pas’jioursun rcvotre ennemi par-delà le tombeau ; et pour ce qui regarde Y Académie,sa modération sera très-estimable quand elle répondra à des injures pardes prières, et qu’elle n’enviera pas à un chrétien les ressourcesqu’offre l’Eglise pour apaiser la colère de Dieu ; d’autant mieux, qu’outrel’obligation indispensable de prier Dieu pour vos ennemis, vous vousêtes fait une loi particulière de prier [tour vos confrères. » L’Académiene suivit point le conseil de Despréuux; mais il fut arrêté en mémotemps que chaque académicien prierait Dieu en son particulier pourl’abbé Furetiêre. Ceux qu’il avait le plus offensés s’y engagèrent expres-sément , et sans doute ils tinrent parole. On ne crut pas devoir user de lamême rigueur envers les mânes de l’abbé de Saint-Pierre. Il fut décidéqu’on lui ferait un service, soit pour réparer une destitution que l’Aca-démie motfeme n’approuvait pas, soit parce que les torts du défunt,plus qu’effacés par vingt ans de proscription, n’avaient eu pour objetaucun de ses confrères ; soit enfin, car nous voulons croire qu’on n'ou-blia pas la meilleure raison, parce qu’un citoyen si vertueux ne devait