DE SAINT-PIERRE. 289
pas être frustré des honneurs funéraires qu’on accorde à tant d’hommesindignes de les obtenir. Mais s’il reçut devant Dieu et les autels les hon-neurs qui lui étaient si bien dus, il n’en fut pas de même de ceux qu ilaurait dù recevoir en présence de l’Académie et du public. L'éveque deMirepoix , précepteur des enfans de France, et qui, depuis la mortrécente du cardinal de Fleury , avait le plus grand crédit à la cour ,obtint par ce crédit (en ce moment assez mal employé) la défense quifut faite à Maupertuis , successeur de l’abbé de Saint-Pierre, de jetersur la tombe de l’académicien défunt, ces vaines fleurs qui, à la vérité,n’ajoutent rien à la renommée, mais qui ne doivent se refuser qu’auvice, et qu’on lui a néanmoins prodiguées dans cent oraisons funèbres.
ÉLOGE DE SAINT-AULAIRE r .
La. nature, en destinant M. de Saint-Aulaire à vivre cent ans,le fit naître avec ce beau siècle qui devait retracer celui d’Au-guste ; aussi parlait-il souvent avec transport de ce siècle mémo- *rable qui, h la vérité , disait-il, laisse au nôtre la supérioritédes connaissances et des lumières , effet indispensable de lamarche des esprits durant cent années, mais qui, dans tout lereste, a brillé d’un si grand éclat par celte multitude de talensémitiens , presque désespérante pour leurs successeurs. Dumoins , ajoutait M. de Saint-Aulaire, nous pouvons, aux grandsécrivains de ce beau régne, opposer un homme, l’auteur immortelde la Henriade et de Zaïre ; génie qui eût en effet été rare dansles plus beaux siècles, et qui seul suffirait au nôtre pour en sou-
' François-Joseph de Bcaupoil, marquis de Saint-Anlaire, liculcnant-gé-néral au gouvernement de Limosin , né en i 6 .{ 3 , reçu en 1706, h la place del’abbé Testu de Bclval ; mort en 1-43.
Cet éloge a été lu à la réception du marquis rte Condorcet, le ai février178a. M. l’abbé Delillc venait de lire des vers très-applaudis ; l’auteur de cetéloge le fit précéder du discours suivant :
« Messieurs, il y a bien peu de vers, encore moins de prose, et h pins» forte raison la mienne , qui puisse vous plaire, après les vers que vous venez» d’entendre. Permettez cependant à l’amitié qui m’unit depuis long-temps« au récipiendaire, de vous lise l’éloge d’un académicien avec lequel il a quel-» que rapport, et qui, comme lui, d’une naissance distinguée, cultiva,
» comme lui, la philosophie et les lettres, mais avec un succès moins éclatant» et moins flatteur. Cette lecture vous rappellera sans doute, à mon préju-» dicc - , les éloges bien plus intéressans que vous avez tant de fois applaudis ’» dans la bouche de notre nouveau confrère; mais mon sentiment pour lui» profitera, quoiqu’aux dépens de mon amour-propre, de tout ce que la com-» paraison pourra me faire perdre. »
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