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tenir la gloire par la foule et la variété de ses chefs-œuvre ;semblable à ce guerrier fameux , qui soutint seul contre unearmée l’honneur des armes romaines (1). Monsieur de Saint-Aulaire connut, fréquenta même les personnages célèbres entout genre qui, pendant sa longue vie, rendirent la nationfrançaise si illustre et si respectable. Il se félicitait quelquefoisd’être celui de tous ses contemporains qui, sans quitter son pays,avait vu le plus de grands hommes, et n’aurait changé son sort,disait-il en plaisantant, ni contre ce pèlerin espagnol, tout glo-rieux d’avoir plus visité de reliques qu’aucun de ses pareils, nicontre cet Anglais, ennuyé de ses voyages, et dont la prétentionmodeste se bornait à être l’homme du monde qui avait vu leplus de postillons et le plus de rois.
Cependant la juste admiration de M. de Saint-Aulaire poul-ie mérite et pour le génie n’était pas, à beaucoup près, unsentiment qu’on lui eût inspiré dès son enfance , car il traînalanguissamment ses premières années dans le fond de sa pro-vince, environné de fainéans orgueilleux qui, regardant l’igno-rance oisive comme l’apanage et presque le titre de leurnoblesse , s’étonnaient, avec l’imbécillité la plus naïve , que lasottise humaine pût attacher aux talens quelque prix et quelqueavantage. Peut-être ne serait-il pas impossible de rencontreraujourd’hui, dans la capitale même , quelques exemples , heu-reusement assez rares, de ce ridicule mépris pour les lettres ;mépris dont elles se trouvent si peu blessées', de quelque partqu’il vienne, qu’elles plaignent charitablement et sans humeurceux qui peuvent en être coupables. M. de Saint-Aulaire, mal-gré l’ineptie dédaigneuse de ses compatriotes, osa cultiver sonesprit sans craindre de déroger à sa naissance (2). Réduit à con-verser avec les morts, car il n’avait rien à dire aux vivans quivégétaient autour de lui, il lisait, il méditait les grands modèlesde l’art d’écrire, et se dédommageait ainsi, dans une retraiteinstructive et consolante, de la solitude bien plus réelle où il setrouvait en la quittant. Par cette lecture assidue, il acquit ouplutôt perfectionna le talent qu’il avait reçu de la nature, defaire des vers avec beaucoup de grâce et de facilité. Mais ce quisuppose en lui un fonds de courage presque héroïque dans unversificateur, il fit long-temps mystère de ce talent, lors mêmeque arrivé à Paris , et vivant avec des hommes dignes de l’en-tendre, il aurait pu leur dévoiler son secret ; il ne l’osa que forttard , hien différent de cette troupe légère de poètes qui ne l’ontété que de trop bonne heure , et surtout trop long-temps. Aussi,quoique ses premiers vers connus datent de sa soixantièmeannée, quoiqu’il ait attendu, pour prendre sa place parmi les