DE S A IN T-AU LAI BE. 291
poètes , le moment dangereux ou tant d’autres feraient bien dequitter la leur, son coup d’essai, hasa.rdé sous le voile de l’ano-nyme , eut assez de succès pour être attribué à l’aimable rivalde Chaulieu, au marquis de La Fare. Bientôt le véritable auteurfut connu, et l’Académie Française lui donna, en l’adoptantpeu de temps après , une marque éclatante de son estime ; carcette compagnie, en cherchant dans quelques uns de ses membresla naissance et le rang , ne renonce pas à y trouver aussi lesqualités qu’une société littéraire doit préférer à toutes les autres.L’académicien qui nous préside 1 en est une preuve aussi dis-tinguée qu’elle nous est chère , et plusieurs de ses pareils , quime font l’honneur de m’écouter, en offriraient un nouveau té-moignage. L’élection presque unanime de M. de Saint-Aulaireeut le bonheur d’être approuvée du public même , qui, soit hu-meur , soit justice (car nous ne voulons ici lui faire ni compli-ment ni querelle ), ne joint pas toujours sa voix à celle desacadémiciens ; nous ne craignons pas de l’avouer en ce moment,où son suffrage a précédé et confirmé le nôtre. Cette malheu-reuse classe d’écrivains qui, par un même principe de bassesse,dénigre le Ghoix de l’Académie quand il tombe sur un simplehomme de lettres , peu redoutable par ses entours, et célèbrece même choix quand il a pour objet des hommes dont les titresen imposent à la satire , daigna applaudir, par ce noble motif,à la nomination de M. de Saint-Aulaire.
Mais quelque multitude de prôneurs, sincères ou politiques ,qu’on ait le mérite ou le bonheur de réunir, il se détachepresque toujours de la foule quelque censeur amer qui troublel’unanimité des éloges ; c’est ce que M. de Saint-Aulaire éprouva,et peut-être ce qu’il devait désirer. Malheur en effet à l’écrivaindont la malignité humaine ferait assez peu de cas pour lelaisser jouir en paix de sa grande ou petite renommée ; il pourraitmême, sans un grand raffinement d’amour-propre, être humiliéde cette bienveillance dédaigneuse , et se plaindre de ne faireà personne assez d’ombrage pour mériter au moins un ennemi.M. le marquis de Saint-Aulaire n’essuya point cette disgrâce ;mais peut-être aussi fut-il à cet égard plus distingué qu’il n’au-rait voulu; car son élection trouva dans la compagnie même uncontradicteur redoutable, le célèbre Despréaux , dont le nom,mis dans la balance contre les autres, était bien propre à ef-frayer l’aspirant le plus intrépide. Ce grand poète, alors vieuxet infirme , ce qui ne contribuait pas à rendre son humeur plusdouce, la laissait voir plus que jamais contre les mauvais versdont la littérature était inondee depuis qu’il avait quitté le
1 Le duc de Nivernoi» présidait il la stiance où cet eloge a <fté lu.