Band 
Tome troisième.
Seite
293
JPEG-Download
 

DE SAINT-AULAIRE. ag3

quel s’exerçait M. de Saint-Aulaire, loin d'exiger la sévérité ri-gide de la grande poésie, devait au contraire puiser une partiede ses grâces dans une simplicité facile et une négligence ai-mable ; que la touche mâle et fière d’Homère ou de Pindare neconviendrait point au badinage d’Anacréon ; et que si un juge ,d’ailleurs éclairé , ne sentait pas cette diversité de nuances, ceserait en lui un défaut de tact dont Anacréon ne devrait pointsouffrir.

Despréaux, dans une lettre qu’il a écrite à ce sujet, nous ap-prend qu’il avait servi à Molière de modèle pour la colère si plai-sante du Misanthrope contre les médians vers (3). Il venaitd’ajouter dans la séance académique de nouveaux traits à cepersonnage, et il en laisse encore échapper quelques restes dansla lettre dont nous parlons. J'ai eu le courage, dit-il, de donnerseul mon suffrage à un autre; mais f ose ici faire le fanfaron :pense-t-on que ma voix seule et non briguée ne vaille pasvingt voix mendiées bassement ! On croirait peut-être, à voircette liberté républicaine, que sa voix fut donnée au sujet leplus fait pour l’obtenir, au célèbre poète Rousseau, qui sollici-tait dès-lors, et qui sollicita depuis, toujours en vain, une placeà l’Académie (car nous devons avouer les torts de nos prédéces-seurs; puissent ceux qui nous succéderont n*etre jamais dans lecas d’avouer les nôtres! ) Mais l’austère Despréaux n’avait pré-féré au marquis de Saint-Aulaire qu’un autre poète de la cour( le marquis de Mimeure ‘ ), à qui ses vers ne donnaient guèreplus de droit au fauteuil vacant, que ceux dont le sévère Aris-tarque rabaissait tant le mérite. Ce n’était pas la peine d’affichertant de rigueur, pour finir par tant de complaisance (4). Maisla faiblesse humaine se glisse dans les cœurs même qui se croientle plus armés contre elle. Le marquis de Saint-Aulaire passaitpour être l’auteur de quelques vers contre les satiriques, ohDespréaux avait cru se reconnaître. Il était sans doute bien plusmécontent de celle pièce dont il ne parlait pas, que de celle qu’iltraitait si mal ; et c’était l’homme encore plus que le poète quele nouvel académicien avait trouvé si inflexible (5).

Le marquis de Saint-Aulaire, dont l’entrée dans l’Académievenait d’essuyer la bile de Despréaux, eut de plus le malheurd’être reçu dans une circonstance fâcheuse, le 23 septembre 1706,au moment où Paris et Versailles étaient consternés de la ba-taille perdue devant Turin le 7 du même mois. Le discours durécipiendaire se ressentit de celle fatale conjoncture. Elle l’obli-gea de renfermer dans les expressions les plus modestes l’élogedu prince, autrefois tant célébré, et dqiuis si malheureux. La

‘ y oyes son cloge.