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compagnie se souvenait encore, avec un peu de confusion , del’éloquence indiscrète d’uü autre académicien ( le cardinal dePolignac 1 ), qui, prononçant son discours de réception quelquesjours avant la nouvelle imprévue de la funeste bataille d’Hochstet,adressait à nos ennemis ces imprudentes paroles : Vous mena-ciez nos frontières , et vous n'en avez déjà plus. L’Académieavait perdu l’habitude de ce langage, que sans doute elle n’au-rait jamais dû prendre , au milieu même des plus brillantes vic-toires. Des disgrâces multipliées rendaient ses orateurs , ses his-toriens, et jusqu’à ses poètes, plus tempérés dans leurs éloges.Aux prologues triomphans de Quinault, avaient succédé leshumbles prologues de La Motte, où l’on se bornait à souhaiterau vieux et infortuné monarque les succès qu’il n’avait plus; oncroyait l’avoir assez loué en chantant avec douleur :
C’est le plus grand ro< qni respire ;
Qu’il soit encor le plus beurenx.
M. de Saint-Aulaire, averti par les événemens et par le public,prit le ton que lui imposaient les circonstances ; il se borna pres-que uniquement à louer le courage du prince dans les revers quiaccablaient sa vieillesse ; et cette louange eut du moins le mériteque n’avaient pas eu tant d’autres; elle appartenait en propreau monarque, et n’était ni basse ni exagérée.
Le récipiendaire avait, dans ce même discours, un autreecueil à éviter. Il succédait à un académicien que madame deSëvigné nomme souvent dans ses lettres, l’abbé Testu de Belval,ami, ou , si l’on veut, complaisant de cette femme illustre, maisaujourd’hui plus connu par cette amitié que par ses lalens. L’u-sage obligeait M. de Saint-Aulaire à louer ce prédécesseur si peubrillant, et dont le portrait offrait d’ailleurs quelques disparatesembarrassantes, ayant été successivement compagnon de l’abbéde llancé à la Trappe, puis prédicateur à la mode, et faisantpour la cour des cantiques sacrés, puis homme du monde plus àla mode encore, et auteur de poésies galantes; enfin , misan-thrope solitaire, dévot et vaporeux. M. de Saint-Aulaire renditavec toute la décence académique ce qu’il devait à la mémoirede celui qu’il remplaçait; sans priver son ombre du léger tributde louanges qu’elle était en droit de réclamer, il fit sentir avecmesure et avec délicatesse ce que pouvait lui reprocher une justecensure. L’académie n’exige pas que dans nos discours la véritésoit offensée, pour satisfaire ou pour consoler les mânes de ceuxque nous perdons. Elle n’exige pas même que la confraternitéjette un voile épais sur leurs défauts; elle demande seulement
1 Vàyez son discours de réception prononce le a août 17' ’ i•