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que ce voile soit légèrement soulevé d’une main amie, et jamaisarraché ou déchiré par la satire.
Ce ne fut pas la seule occasion où l’Academie eut lieu d éprou-ver les talens de M. de Saint-Aulaire. Il remplit les fonctions dedirecteur dans plusieurs assemblées publiques, et toujours avecautant d’éloquence que de dignité. Nous rappellerons surtoutcette séance attendrissante, oii il se trouva chargé, à quatre-vingt-quinze ans, de recevoir le duc de La Tremouille, qui entraitparmi nous à la fleur de son âge. Le contraste de la jeunessebrillante du récipiendaire, et de la vieillesse venerable du direc-teur , présentait au public un spectacle intéressant ; et l’acadé-micien presque centenaire, sut tirer de ce contraste le parti leplus heureux : son discours toucha toute l’assemblee; on croyaitvoir Nestor ( si cette comparaison n’est pas trop fastueuse )recevant un jeune guerrier au camp des Grecs, et lui remettantentre les mains des armes qu’il avait portées lui - même avecgloire, mais que l’âge le forçait d’abandonner. Je sens, dit-ilau duc de La Tremouille , toute la reconnaissance que je vousdois. L’hommage que vous venez de rendre à M. le maréchald’Estrées, votre prédécesseur, en ne me laissant plus rien àdire, me soulage et me console. Et comment une voix si affai-blie par les années aurait-elle pu célébrer dignement tant devertus et tant de gloire ? Hélas ! l’illustre nom qu’il portaitvient de s’éteindre dans la nuit du tombeau. Je sens que je m’at-tendris à cette triste réflexion. Il ne me reste qu’à baigner delarmes la respectable cendre que vous venez de couvrir defleurs.La différence des hommages que nous lui rendons est assortie àcelte de nos liges. M. de Saint-Àulaire vit périr trois ans aprèsle jeune confrère auquel il espérait si peu de survivre, et il enpleura la perte comme s’il eut été du même âge ; sensibilité as-sez rare chez les vieillards, qui, devenus, par leurs infirmités etpar leurs besoins, plus personnels et plus concentrés dans ce quiles touche , éprouvent quelquefois, en perdant leurs amis même,la consolation secrète de jouir encore de la vie, et de subir quel-ques momens plus tard la loi commune de la nature.
Notre académicien avait un fils, qui épousa la fille de madamela marquise de Lambert. Cette femme, célèbre par son esprit,réunissait chez elle la société la plus choisie des gens de lettreset des gens du monde. Les uns y portaient le savoir et les lu-mières, les autres cette politesse et cette urbanité que le méritemême a besoin d’acquérir, s’il veut obtenir l’affection en forçantà l’estime. Les gens du monde sortaient de chez elle plus éclai-rés, les gens de lettres plus aimables. M. de Saint-Aulaire étaitdans celte société le lien mutuel de ces deux classes d’hommes >
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