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Tome troisième.
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?()6 ÉLOGE

assez peu faites pour traiter ensemble, si elles ne trouvent uninterprète commun qui les rapproche. Celui qu’elles avaient chezmadame de Lambert parlait également bien leur langage, et ileût été difficile de dire à laquelle des deux classes il appartenaitle plus. Son talent pour la poésie, jusque-là muet et timide, futmis en action, et, pour ainsi dire, en valeur par les talens quil’environnaient. Il osait lire à ces juges éclairés des vers qui luicoûtaient moins que les leurs, sans en être plus négligés, et dontle tour élégant et noble obtenait tous les suffrages. Il passa danscette maison si aimable plus de trente années, jusqu’à la mortde madame de Lambert, qui, dans un âge très-avancé, fut en-levée au monde et aux lettres, et pleurée de tous ses amis ,comme s’ils n’avaient pas dû s’attendre à la perdre. M. de Saint-Aulaire ne s’en consola jamais ; il lui restait néanmoins pourressource une autre société, dont il jouissait déjà quelque tempsavant cette perte , et qui n’était guère moins assortie à ses talenset à son goût. Madame la duchesse du Maine, quoique femmeet princesse (6), aimait, non par fantaisie ou par vanité, maissincèrement et presque avec passion, les sciences, les lettres etles beaux-arts; elle rassemblait à Sceaux ce qu’il y avait de plusillustre par la naissance et de plus distingué par l’esprit. M. deSaint-Aulaire devint l’âme de cette société, dont il était déjà,par son âge, le doyen et comme le patriarche. Il présidait àtoutes les fêtes, il les animait, il en augmentait l’agrément parles vers pleins de grâces et de galanterie qu’il faisait pour la prin-cesse. Ces vers montraient à la fois et l’esprit aimable du poète,et le talent avec lequel il savait l’ajuster aux circonstances, et legoût qui en saisissait l’à-propos. Car si le propre du génie est decréer en grand , celui de l’esprit dans les petits ouvrages est d’i-maginer, celui du talent, de mettre en œuvre, et celui du goût,de mettre en place. Madame la duchesse du Maine appelaitM. de Saint-Aulaire son vieux berger ; il fut poète pour ellejusqu’à cent ans, comme Anacréon l’avait été jusqu’à cet âge.On a même retenu quelques uns de ces vers dont la princesseétait l’objet, honneur peu ordinaire aux poésies de société, des-tinées presque toujours à périr dans le cercle étroit où elles ontété applaudies. Quoique ces vers charmans soient très-connus,qu’on nous permette de les rappeler ici pour ceux qui pourraientles ignorer. Il soupait avec elle à Sceaux, elle l’appelait son Apol-lon, et voulait savoir de lui je ne sais quel secret, sur lequel ellele pressait avec l’impatience de son sexe et l’autorité de son rang-M. de Saint-Aulaire lui répondit :

La divinité qui s’amuse

A me demander mon secret,