Band 
Tome troisième.
Seite
297
JPEG-Download
 

DE SAINT-AULAIRE. 297

Si jVtais Apollon, ne serait point ma mnse;

Elle serait Tlnitis, et le jour finirait.

Voltaire a cité avec de justes éloges, dans un de ses ouvrages ,ces jolis vers, où la galanterie s’exprime à la fois avec tant de li-berté et de décence, de familiarité et de mesure. Ce suffrage duplus célèbre écrivain de nos jours 1 doit consoler l’ombre du mar-quis de Saint-Aulaire des rigueurs de Despréaux. Si l’humeurl’a condamné par la bouche d’un grand poète, les Grâces l’ontabsous par celle d’un autre.

Ces mêmes Grâces ne désavoueraient pas une petite pièce queM. de Saint-Aulaire adressa, dans sa quatre-vingt-dixième an-née, au cardinal de Fleury. Ce ministre, en lui envoyant l’or-donnance de ses pensions, lui mandait que le roi ne prétendaitpas les lui payer au-delà de six vingt ans. L’aimable vieillardrépondit par un rondeau, ou il faisait en même temps l’élogede la cour de Sceaux qu’il habitait, et celui du vieux ministre ,qui soutenait alors la guerre contre l’Empire et la Russie.

A six vingts ans vouloir que je limiteDe mon hiver la course décrépite,

C'est ignorer que par cnchantcmcnsA notre cour* les jours passent si vite,

Que les plus longs ne sont que des momens.

Quand vous aurez chasse le Moscovite,

Et rabaisse l’orgueil des Allemands,

On vomira voir quelle en sera la suiteA six vingts ans.

!Nos pastoureaux enchantes et dormansSous les berceaux que notre fée habite,

Attendront là ces grands évcfnemcns,

Et le comptant de leurs appointemens ;

Car, monseigneur, vous n’en serez pas quitteA six vingts ans.

Quand M. de Saint-Aulaire fit le rondeau qu’on vient d’en-tendre, ce genre de poésie n’était plus à la mode, mais il eutassez de goût pour sentir combien sa naïveté le rendait propre àservirde passe-port aux louanges qu’un vieillard philosophe vou-lait donner sans fadeur à un vieillard tout-puissant; et le ron-deau fut si à propos rajeuni pour cette circonstance , qu’il sem-bla un moment n’avoir point vieilli.

On voit par cette petite pièce que M. de Saint-Aulaire n’ou-bliait aucune occasion de rappeler dans ses vers la fée qui régnaità Sceaux, et la vie pastorale qu’il menait auprès d’elle. L’espèce

1 Vnycz, dans le Siècle de Louis XIV > par Voltaire , le Catalogue desauteurs,

a A la cour de Sceaux.