a()S ÉLOGE
de gravité que doit se prescrire l’historien de l’Académie , nenous permet pas d’égayer cet éloge par un grand nombre devers qu’il adressait à madame la duchesse du Maine. Nous nousbornerons à une chanson plaisante, mais en même temps (cequi demande grâce pour elle à cet auditoire ) pleine de sens etde raison, qu’il fit sur-le-champ au milieu d’une conversationcomiquement sérieuse. La princesse, déterminée cartésienne ,dissertait un jour sur les tourbillons, la matière subtile et l’at-traction , avec un étalage de raisonnemens que M. de Saint-Au-laire désirait de voir finir. Berger , lui dit-elle enfin, vous nedites mot sur tout cela ; qu’en pensez-vous ? Il répondit à l’ins-tant, et sur un air connu :
Bergère, détachons-nousDe Newton, de Descartes ;
Ces deux cspèees de fousN’ont jamais vu le dessousDes cartes, des cartes, des cartes.
En passant au poète, comme une licence très-pardonnabledans une chanson, les deux especes de fous, qui ne sont là quepour la plaisanterie et pour la rime, ce peu de mots renfermeplus de vérités qu’un tas de volumes dont les auteurs ont pré-tendu raisonner, et ont cru savoir quelque chose. Le Misan-thrope de Molière, déjà cité dans cet éloge, qui préfère unevieille chanson au sonnet précieux d’Oronte, eût sans doute pré-féré celle de M. de Saint-Aulaire à ce charlatanisme si communde nos jours, qui annonce d’un style fastueux, dont se moquentles gens de goût, des idées creuses, dont se moquent les phi-losophes.
C’était avec cette gaieté que M. de Saint-Aulaire repoussaitl’ennui qui se glissait quelquefois à Sceaux comme ailleurs, non-seulement par la destinée trop souvent attachée aux lieux queles princes habitent, mais encore par le soin que la princesse sedonnait, sans y penser, pour attirer cet ennui auprès d’elle;car jalouse de s’entourer d’une cour nombreuse encore plus quechoisie, elle paraissait avoir pris pour maxime le mot de l’Évan-gile : Pressez-les d’entrer, afin que ma maison soit pleine.M. de Saint-Aulaire, fatigué un jour de la société bruyante etinsipide dont il la voyait assiégée, osa lui demander ce qu’ellefaisait d’une compagnie qui lui convenait si peu : Berger, ré-pondit-elle , j’ai le malheur de ne pouvoir me jmsscr des chosesdont je n nique faire. Il payait cette liberté, que la princesse luidonnait de la* contrarier quelquefois , par toutes les complai-sances qui pouvaient lui être agréables. Madame la duchesse duMaine, sincèrement et même scrupuleusement religieuse, était