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Tome troisième.
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DE GEDOYN. 3t3

» Je ne conseillerais à personne , dit-il ailleurs , de traduire» des pièces du théâtre grec. Ces pièces ont de beaux endroits ;

» mais à tout prendre , notre goût nepeuts’en accommoder , non

» pas même de Y Œdipe de Sophocle, que tout l’esprit et le sa*

» voir de Boivin n’ont pas rendu fort supportable, et qui l est« encore moins dans Dacier. 1 »

Le passage qu’on va lire n’est pas moins remarquable.’ « Tra-it duire, c’est mettre en langue vulgaire un auteur ancien, soit

» grec , soit latin _ Il semble donc qu’un traducteur doive

» avoir une connaissance pleine et entière de la langue en la-» quelle a écrit son original. Soyons de bonne foi ; qu’en est-il ?» Je ne parle ni de la manière de prononcer cette langue , en» quoi il est certain que nous sommes sujets à nous tromper ,

» ni des termes d’art qui nous sont si peu connus en grec et en» latin, que nous les ignorons pour la plupart dans notre propre» langue; je parle des mots de l’usage commun et ordinaire,>« et je dis qu’il y en a dont les différentes acceptions nous jettent» dans des méprises inévitables. » L,’abbé Gedojn en cite pourpreuve quelques exemples ( 2 ) ; et il ajoute : « J’en pourrais ap-» porter cent autres pareils, mais ceux-là suffisent pour mon-» trer que l’on n’apprend pas une langue morte comme une» langue vivante. Dans celle-ci, on s’assure aisément de la» signification et des différens usages de chaque mot ; si l’on a» des doutes , on peut les éclaircir et les résoudre : dans celle-là,»' on ne peut ni l’un ni l’autre. N’ayant donc , malgré toutes nos» lectures et notre application, qu’une connaissance imparfaite» du grec et du latin, il s’ensuit que tout ouvrage écrit en l’une» de ces deux langues ne saurait être rendu qu’imparfaitement» dans une autre. »

Nous invitons les adorateurs aveugles des anciens , et les dé-fenseurs de la latinité moderne à méditer tous ces passages , quipourraient, à la vérité, être écrits plus élégamment, mais quinous paraissent en général pleins de sens et de vérité ; passagestirés d’un écrivain qui ne doit pas leur être suspect et qu’ils n’ac-cuseront pas surtout d’avoir ignoré le grec et le latin. Nousn’osons presque rapporter, tant nous craignons qu’on 11 e noussoupçonne de conniver à ses blasphémés, ce qu’il dit de quelquesillustres écrivains de l’ancienne Grèce. « Dépouillons-nous de» toutpréjugé. Platon n’est-il pas trop discoureur? ne va-t-il pas

' M. de La Harpe a traduit avec succès pour notre théâtre le Philoctèle deSophocle; mais il avoue dans sa préface que c’est la seule pièce grecquequi son susceptible de ce succès, et il n’osait même le lui promettre sanshésiter.

3 hssai sur VÉducation , p. 3aa et suiv.