4oS ÉLOGE
et ne s’en écarta plus dans toutes ses autres pièces : l’aversion queles méchans inspirent, disait - il, peut flatter leur détestableamour-propre, parce que cette aversion tient à la crainte; lemoyen le plus sûr de les décourager, est de les humilier par leridicule. Ce vertueux écrivain craignait seulement, et il le crain-drait bien plus aujourd’hui, que bientôt le vice ne fût pas mêmesusceptible d’humiliation , au milieu de tant d’hommes qui lemontrent avec audace, ou qui le voient avec indifférence, etdont les uns ont perdu l’habitude d’en rougir, les autres celled’en être indignés.
A la comédie de Y Ingrat succéda celle de Y Irrésolu , qui futd’abord assez froidement accueillie , mais qui corrigée depuispar l’auteur, écrite d’ailleurs avec soin, et soutenue par quel-ques situations comiques, se montre erfcore quelquefois au théâ-tre. Tout le monde en a retenu le dernier vers que dit l’Irrésolu ,après avoir enfin choisi pour femme une des deux personnesentre lesquelles il a balancé dans tout le cours de la pièce :
J’aurais mieux fait, je crois, d’epouser Celimèuc.
C’est un de ces traits qu’on aime à citer, un de ces traits quiseuls valent tout un rôle, et qui tout naturels qu’ils paraissent,sont bien plus rares dans nos comédies modernes, que des scènesentières de jargon sans talent, et de persifflage sans gaieté,applaudies par la multitude qui ne les entend pas, et sifiléespar les gens de goût qui n’ont que trop le malheur de les en-tendre.
Le Médisant, qui fut mieux reçu dans sa nouveauté que Y Irré-solu, et par cette raison honoré de plusieurs satires, s’est aussimaintenu jusqu’à présent sur la scène. Il est vrai qu’une autrecomédie, dont le sujet est à peu près le même, celle du Méchant,écrite avec tant de supériorité, et l’une de celles dont notrethéâtre comique peut encore se faire honneur dans sa chute etdans sa disette, a rendu le public plus froid sur le Médisant, quidepuis celte époque a reparu plus rarement et avec moins d’a-vantage; mais enfin la plus moderne et la plus heureuse de cesdeux pièces n’a pas fait totalement oublier l’autre; et ce n’estpas pour cette dernière un petit éloge chez une nation qui ne sepique pas toujours dans ses arrêts d’une justice bien rigou-reuse (4).
Destouches marchait, au théâtre coitiique de succès en succès,lorsqu’il se vit obligé de renoncer, du moins pour un temps, àceux qu’il espérait encore. Le régent, dont il avait obtenu l’ami-tié et l’estime, non par des bassesses de courtisan, mais par saprobité et par son intelligence dans les affaires , l’envoya en An-