DE VAUllÉAL. 5*3
désole comine un torrent, au Heu «le les fertiliser comme unerosée salutaire , l’évêque île Rennes, lorsqu’il visitait son diosèse,se faisait suivre d’un fourgon chargé de vivres , afin que souséjour ne fût pas onéreux à ses curés. Il a plus fait encore poursa province que pour son troupeau. C’était à lui flue la Bre-tagne était redevable de la sage administration établie depuisquarante ans , pour la répartition et la perception des impôts,administration vraiment paternelle , et telle que le dictait lanature^ avant que la fatale théorie des finances en eût obscurciles principes.
Son attachement pour son diocèse ne lui permit pas de leperdre de vue , lors même qu’il eut été nommé à l’ambassaded’Espagne. Quoique éloigné de trois cents lieues du troupeau dontil éta^t chéri, il veilla toujours à ses besoins ; mais les devoirs del’évêque ne prirent rien sur ceux de l’homme d’Etat. Il rem-plit avec distinction l’emploi important dont il était charge ;non-seulement il sut se faire estimer de Philippe V et de sesministres , il gagna même l’amitié de la nation ; il effaça lestraces qui restaient encore de cette antipathie que l’Espngrieavait eue si long-temps pour la France , et qu’elle paraissaitn’avoir pas tout-à-fait perdue , quoique la France eût depuislong-temps oublié la sienne.
L’évêque de Rennes s’exprimait avec grâce et facilité dans saconversation et dans ses écrits. Ses dépêches passent pour desmodèles , et son discours de réception dans cette compagnie estd’une éloquence noble et simple, digne d’un prélat acadénii-micien. Il présida vingt-six ans aux Etats de Bretagne, oh il fitusage plus d’une fois, pour le bien de la province, de son talentpour la parole, et de son esprit de conciliation. Son zèle patrio-tique , quelquefois opposé aux vues de la cour, lui attira desdisgrâces ; mais ces disgrâces n’eurent de durée que ce qu’il enfallait pour faire connaître la droiture de sa conduite, et pourdonner du prix et de l’éclat à ses vertus. Nous ne craignons pointde dire à ses vertus , malgré tout ce que la haine de ses ennemisa pu faire pour les ternir , d'autant plus sûre d’être crue ou dumoins écoutée, qu’elle trouve toujours la malice humaine prête“ la seconder et à l’applaudir. L’évêque de Rennes eut des dé-fauts sans doute ; il était homme : mais ces défauts tenaient à lafranchise et à la simplicité de son caractère. Il put être accuséde quelques écarts passagers ; mais ces écarts étaient l'effet de lasensibilité de son âme. Enfin , à tous les reproches justes ou in-justes qu’on pourra lui faire, nous répondrons par ces seuls mots,faits pour imposer silence à la calomnie et à la médisance même :il fut humain et généreux , il aima et soulagea ses semblables ;